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Hier, deux mains

27 Février 2013, 18:11pm

Publié par Les poésies de Juliette

Au milieu des éclats de voix un fragment de silence
Au milieu des corps animés un geste suspendu
Au milieu des teintes vives la douceur de la peau
C’était dans l’ambiance rieuse et dans l’agitation
La main soudain, large noueuse et brunie, qui s’élance
Et attrape l’autre main, blanche petite et tendue
Qui s’accroche alors et du mouvement retient le flot :
Pont merveilleux jeté entre quatre générations.

Hier, deux mains

Considérations d'un instant polychrome

22 Février 2013, 16:34pm

Publié par Les poésies de Juliette

Les chats nous enseignent la patience.
Les mères endeuillées, le courage.

Une poignée de secondes peut peser plus lourd que tout le reste d'une vie, contenir le plus grand malheur, comme le plus grand bonheur.
Mais on ne peut jamais refermer la main dessus, cependant.

Le pouvoir de l'odorat entre la mère et l'enfant.
Ce vertige, ce basculement de la mémoire induit par l'odeur de sa mère.

Ce qui nous attache dans les maisons. Ce qui nous appelle au-dehors.

Un jour agaçant ; l'aimer quand même. Saisir le présent, essayer, toujours. Etre reconnaissant.

Arrivés

13 Février 2013, 13:10pm

Publié par Les poésies de Juliette

C’était plus tard, nous étions arrivés, et quelque chose s’était arrêté.
Manon faisait les cent pas, et moi je faisais le pied de grue.
Elle me donnait le tournis d’abord, et puis insensiblement ses virevoltes ont fini par m’apaiser, insensiblement comme si je m’endormais sur place, une chape de brume était alors tombée sur mes pensées, et une drôle d’indolence un peu rude pesait sur mon front. Le froid était saisissant.
Et elle, continuait de tourner. Sans rien dire.
Dans cette situation absurde, nous attendions que quelqu’un vienne, enfin, ouvrir la porte de la maison, prenant conscience de notre présence, et nous invite à entrer.

Et puis il y a eu la stridence du message reçu, sur son téléphone portable.
Elle a lu le message et son irritation s’est atténuée lentement pour laisser place à une incrédulité amusée. Elle m’a regardé aussitôt, avec cette rondeur dans le visage – les yeux ronds, la bouche ronde, comment dire cet étonnement parfait – et elle a simplement lu à voix haute : « Où en êtes-vous ? Donnez-nous des nouvelles, tout le monde ici vous attend. Je t’embrasse ma Nanon, Maman. »
Alors nous avons éclaté ensemble du même rire, d’un coup dans le silence il n’y a plus eu que notre rire, qui a résonné très fort au milieu du décor blanc ; on se serait cru dans une séquence tournée en noir et blanc tellement le ciel de ce matin-là était gris.
Il n’y avait plus de mouvement, ni non plus d’immobilité ; plus de silence, mais pas plus de paroles : il n’y avait que ce déferlement nerveux qui remplissait l’espace entre nous, nous reliait.

Arrivés

Lieu premier

11 Février 2013, 10:40am

Publié par Les poésies de Juliette

Ici il y a elle et moi, et lui qui veille sur nous tout bas
ici
elle compte, doigts en éventail levé l’un après l’autre
elle pense, index sur la joue
elle retourne au combat
et hausse un sourcil
comme elle s’enflamme
contre ma peau
elle manifeste, refait le monde
elle est taureau
petit tigre
elle est caresse
parfois violence
poing serré ou main abandonnée
elle boit et mange
et dort
elle s’attrape l’oreille, se passe la main derrière la tête
elle se couvre le front la tempe
elle passe quelques appels
en équilibre, au bout du fil
sans le savoir
elle déclame, grand mouvement de son petit bras
elle rit et gronde parfois
elle respire fort
elle sourit, souris ma souris
elle s’accroche
elle me dit des mots des histoires
romances sans paroles
elle attrape observe
ma bouche mon nez mes mains les siennes mon menton le sien
je te tiens tu me tiens
elle ratisse petite menotte en pince
elle me chatouille me gratouille
elle me coiffe me recoiffe
elle se tord les mains
elle s’enivre
elle brode des contes en dentelle
elle guérit aussi
et prolonge entre nous
la correspondance de la chair
elle ondule volute du poignet de la main
elle dessine rêve nous agite
elle me calme
une pause
elle me regarde
le regarde lui aussi
le temps n’existe plus
elle grandit
ici
c’est aussi
son premier nid

Lieu premier

J’ai des doutes ; est-ce que vous en avez ?

4 Février 2013, 19:35pm

Publié par Les poésies de Juliette

Mais qu’est-ce donc ?
que
ce que j’écris ?

La poésie ça peut être plein de choses.
Même pas que des mots.
Avoir un « style ». Ou pas.
Ce serait un genre. A part entière. Ou il y en aurait plusieurs.
De genres. Des genres de poésie. Qui s’accorderaient en nombre.
Des manières de.
De drôles de façons !
Des règles. Les transgresser. Ou pas. C’est dépassé. Ou pas.
Redevenir classique.
Redéfinir.
Oser.
Trouver l’idée. Qui n’est qu’image.
Inventio ? Imitatio ?
Ne rien prétendre.
Franchement.
Post-moderne.
Décalé.
Humour. Humeur.
Amour. Semeur.
Je demeure.
Conjuratoire.
Sans fard.
Il est peut-être trop tard pour innover.
C’était censé éclairer un peu ce brouillard.
Ha ha. Ah !
Néo-classique. Peut-être.

Arriver à un art poétique.
Mais.
Rester libre.
Je ne me livre pas.
Pas de livre.
Sans l’ivresse.
Donc.
Vous n’en saurez pas plus.
A moins que...
Un mot, un geste, une image, un son ou un goût.
Juste.
Je veux dire juste ça.

Ce serait essayer de présenter plusieurs visages, sans porter de masque.
De parler avec différentes voix, sans chanter faux.
Parce que chacun est aussi plusieurs à la fois.

Je voulais éviter l’écueil de la théorie.
Mais je n’y peux rien, c’est magnétique, ici.

J’ai des doutes ; est-ce que vous en avez ?

Ebauche pour une tragédie

2 Février 2013, 22:30pm

Publié par Les poésies de Juliette

Il la voit. Elle est belle. Elle est grande. Elle rit aux éclats. Elle est belle.

Elle lui sourit. Ils partent ensemble. Elle l’aime ! Ils s’aiment.

Il rentre chez lui. Il court. Il rêve. Il la voit. La revoit. Elle est belle. Elle danse, elle joue.
Il marche. Il écrit. Il crée. Il crève. Il sort. Il rentre. Il l’aime. Il sort. Il boit.
Elle danse encore. Là-bas. Elle sourit. Il rit. Elle danse. Lui crée. Il est un créateur.
Il sort. Il boit. Il a peur. Il a froid.
Elle danse pour eux. Il boit. Il a mal.
Elle s’échappe. Il la perd. Pourtant il crée. Il rêve. Il crève. La bulle de douleur. Il la crève.