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Quand les mots ne sont jamais les bons

29 Avril 2013, 17:55pm

Publié par Les poésies de Juliette

C’était il y a dix ans ; c’était hier, c’était avant-hier, c’était la semaine dernière.
Le temps, ce fou, ce flou, ce flottement.
C’était pas ta grand-mère, c’était pas mon grand-père.
Mais qu’importent les liens du sang quand il y a les liens du cœur.
On s’y attend pourtant, on pouvait s’y attendre.
Mais la nouvelle tombe toujours comme un coup, sourd.
L’esprit agite l’information, la secoue, mais sans secours.
On l’entend, mais on ne comprend pas ; ce qu’il y a derrière les mots est trop grand ou trop petit, pour être saisi.
Comme tu disais, comme je disais, on y pensait tout le temps, mais juste là, juste à l’instant où ça arrive, on n’était pas en train d’y penser.
Et puis d’un coup, on sait.
C’est étrange, et triste.
Ça rend nerveux, on se rappelle que le rire et les larmes peuvent se ressembler, s’intervertir. Comme l’inverse des grandes joies qui font pleurer.
C’est apaisant aussi, à cause de toute cette souffrance qui a cessé. Ce bizarre soulagement.
C’est aussi « dans l’ordre des choses ».
Et puis il y a cette chose, ou plutôt ce rien, ce vide, ce plein mais vide, inintelligible, insondable.
L’absence que l’on ne peut pas savoir encore, deviner à peine, dont on ne prendra la mesure que plus tard, si l’on peut dire tant elle restera toujours, incommensurable.
Le temps qu’il faut, le temps qui passe, le temps qu’il reste, et celui qui reste.

Les yeux fermés

21 Avril 2013, 23:19pm

Publié par Les poésies de Juliette

Je ferme les yeux et j’imagine
le goût acide et sucré des fruits
qui laissent les lèvres un peu rougies
la chair au parfum tiède et fondant
de ceux qui laissent les doigts collants
des galets l’écho roulant du rire
quand la mer lentement se retire
l’odeur de l’herbe juste coupée
entêtante or aussitôt séchée
les pins leurs aiguilles éparpillées
qui piquent un peu la plante des pieds
les brassées de bruyère au milieu
des bois qui font sourire les yeux
les coulées d’air frais qui battent aux tempes
au petit matin rosée qui trempe
les oiseaux leurs chants de toutes parts
bien avant les cigales du soir
qui en crissant bercent doucement
aux effluves violettes du vent
l’écho des voix du verre qui tinte
l’enivrante moiteur des étreintes
la touffeur d’après-midis ardents
âcre vapeur bitume brûlant
l’étonnant et bourdonnant silence
parmi les arbres au feuillage dense
le soleil qui sur l’eau étincelle
ah éclats d’été qui ensorcellent

Les yeux fermés

Te dire - comment le dire ?

11 Avril 2013, 14:45pm

Publié par Les poésies de Juliette

Tête en l'air de rien à voir venir de loin s'en faut pas rêver les yeux ouverts à demi-mot
Je te dirai
tout ce que je ne dis pas assez bien assez fort
non, assez doucement
te dirai plus, toujours plus
plutôt que d'aligner les pattes de mouche
quand il est trop tard mieux vaut que jamais dire jamais je ne boirai fontaine m'en allant promener sa main de l'autre côté d'une ville à l'autre alter ego ergo sum ergoter Mais qu'est-ce que je voulais dire déjà ?
Tiens-moi la main tu l'auras mais l'a déjà : qu'est-ce qui vaut mieux ? qui est l'ennemi du bien ? bien ou mal s'en donner à cœur joie t'en donner mon cœur encore de la joie malgré tout ce qui brille de mille feux
effacer non pas, raturer
mais te demander pardon non pas à genoux, mais je, nous
nous ne serons pas plus forts de ce qui ne nous a pas tués
Donner dans la douceur
Nul besoin de faire dans la dentelle
Juste te dire à l'oreille
doucement
Je ne sais plus pourquoi déjà ce n'est pas ce que je voulais dire à mots couverts vers la mer à boire de cette eau-là
j'arrête les expressions à la rien du tout qui vaille de bon à prendre si j'osais je dirais que parler n'est pas toujours
si l'on arrivait à ne dire que l'essentiel le meilleur à saisir cueillir le jour la nuit noire et blanche quelques étoiles
la lune résonne les mots se noient mettre les voiles mais pas sans toi pas sans vous
souvenez-vous
mais c'est du présent c'est la vie c'est
la nôtre

Te dire - comment le dire ?

Dans ma maison

8 Avril 2013, 23:05pm

Publié par Les poésies de Juliette

Je rends à César : même si ce que je propose ici n'est pas exactement dans l'esprit de l'inventaire à la Prévert composé par Marjoliemaman, suivie par un grand nombre de blogueuses... c'est bien de là que les mots me sont venus.

*

Dans ma maison,

Il y a quelques années maintenant

Que ce ne sont jamais les mêmes murs
Certains étaient fleuris passés vieillis
Qui deviendraient plus tard bois blanc bleu gris
D’autres furent blancs, mais pas si souvent
Certains jaunes, oranges, et certains trop blancs
D’autres très doux, roux, comme des fruits mûrs

Que ce n’est jamais le même plafond
Là une ampoule nue, là des lampions
Là des poutres apparentes, là du blanc
Là trois mètres de hauteur oui vraiment

Que ce n’est jamais la même maison
Que je suis toujours entre deux cartons
Sans ancrage toujours en mouvement
Parfois jusqu’à traverser l’océan

Parfois quelques vieux meubles nous suivaient
Parfois d’autres devenaient familiers

Jamais le même toit témoin de nos embardées
Jamais la même vue par nos regards embrassée
Jamais les mêmes angles par nos ombres épousés

Dans ma maison,

Il y a quelques années maintenant

Qu’il y a lui
Toujours présent

Et il y a quelques mois maintenant

Qu’il y a elle
Toujours présente

Bientôt à nouveau nous repartirons
Je sais qu’un jour nous nous installerons
J’y pense mais j’attends tranquillement
J’ai appris à partir sereinement

Car je sais que ma maison
C’est toujours là où ils sont

Lourd ou léger ?

2 Avril 2013, 16:29pm

Publié par Les poésies de Juliette

Depuis le pont nous découvrons dans les sillons de l’eau l’or
à nul autre pareil versé par le soleil : reflets l’air
de rien dont les rondeurs et volutes dessinent là l’art
d’une belle histoire que j’aimerais à ma jolie lire.

Lourd ou léger ?