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Dé-corps

28 Janvier 2017, 21:46pm

Publié par Juliette Melany

Ce serait simplement des corps
Les mien sien tien qui nous retient
Ce serait changer de décor
Dans quel sens qu'est-ce qui nous tient

Ce serait conjuguer les torts
Revenir à dire mais rien
Tiens prends ces mains si tu les tords
Reviens-nous comme si de rien

Ce serait parler du printemps
Du poids de sa peau sur la tienne
Des points qu'après l'été partant
Ses plaies ont marqués sur les tiennes

Ce serait retourner avant
Que les chimères ne s'en viennent
La sphère dont viennent les vents
Faisant qu'alors il t'en souvienne

 

Dé-corps

(En)quête

13 Janvier 2017, 23:34pm

Publié par Juliette Melany

J’ai ouvert cette boîte à chaussures, depuis le temps que je n’arrivais pas à le faire, puisque là maintenant, j’avais une raison de le faire, c’était tout de suite, c’était maintenant, c’était maintenant qu’il venait de mourir.
Il fallait que je cherche.
De toute façon j’avais perdu le sommeil à nouveau, impossible de faire s’arrêter les turbines sous la peau de mon front, de plus en plus crispée, à chaque fois, au fur et à mesure que s’égrènent les heures, et les tourments. Oh et puis quand je le retrouve, ce n’est pas mieux, je ne ferais plus que ça alors, dormir tout le temps. Tant qu’à faire, je préfère tenter d’étirer le temps.
Et je me suis resservi un verre.
Il fallait que je cherche, c’était impérieux, une trace de quelque chose, que je mène une enquête, pour comprendre, être sûre que vraiment il n’y avait rien à regretter ; savoir comment, pourquoi, comment il était possible que je n’aie à ce point pas de deuil à faire.
Il y a un peu moins de quatre ans, quand c’était son grand-père à lui, ça m’avait plus fait quelque chose. Ou plutôt ça m’avait plus attristée. Normal, quoi. Là ça me faisait quelque chose, mais pas de la tristesse. Comme une importante perturbation, s’il fallait vraiment trouver une formulation.
Dans le fond je sais bien pourquoi. Il n’y avait pas de lien, pas de relation, qu’aurais-je bien pu pleurer ?
Mais tout de même, c’était le père de mon père.
Et j’ai grandi dans un environnement qui a imprimé en moi que c’est important, ce lien-là de parenté, que je ne devrais pas pouvoir y être indifférente aujourd’hui.
J’ai cherché, et je n’ai pas trouvé. Rien de plus que ce que je savais déjà ; trois fois rien, les cartes d’anniversaire, chaque année, toujours la même rengaine. Et puis ces deux ou trois lettres, qui demandaient tout de même, tentaient de faire surgir l’étincelle de l’échange.
Bien sûr, elles sont émouvantes, maladroites, et donc encore plus émouvantes. Les lettres, les mots écrits, ça fait toujours ça, ça remue à l’intérieur, à cause du message, universel ; l’amour, la joie, le chagrin...
On se dit « j’aurais reçu une lettre comme ça, moi ça m’aurait fait quelque chose, j’aurais répondu, ça aurait changé la donne » ; et en vrai ça m’avait fait quelque chose, j’avais répondu, tenté de poursuivre le dialogue, j’y étais allée même.
Mais quand les sentiments n’y sont pas, qu’ils n’existent pas, que la relation n’existe pas, on ne l’invente pas. Les mots écrits, ce ne sont que des mots.
Je l’ai expérimenté à maintes reprises, dans les deux sens. Les lettres d’amour ou de détresse, ça fait monter les larmes ou se tordre le ventre de ceux qui les lisent, mais ça ne fait pas naître un vrai amour ni une vraie détresse, dans le cœur de celui qui ne les ressent pas.
C’est tout, c’est comme ça. Je n’y étais pour rien.
Évidemment, je suis tombée sur autre chose, dans cette boîte à chaussures. Sur ce que je tenais à distance depuis tout ce temps. Sur des témoins de vrais sentiments pour le coup. Paf paf ça faisait caisse de résonance, il y a tant de lettres que je n’ai même pas rouvertes, la mention de l’expéditeur au dos de l’enveloppe, ou juste l’écriture qui avait tracé mon nom, et l’adresse, celle-ci, ou celle-là ! c’était suffisant déjà, pour faire remonter les souvenirs par bourrasques.
Je me suis rendu compte aussi, que l’on s’écrivait, à quel point l’on s’écrivait, oh comme on s’écrivait oui, des lettres, des cartes, tout ce papier, il n’y a pas si longtemps que ça, mais j’avais oublié. La famille, des amis, des amours, des rencontres, en vacances, en voyage, on ne s’était parfois échangé qu’une lettre, et parfois on avait correspondu des mois, des années durant, des personnes si proches, et d’autres connues si peu de temps étrangement, c’était fou, tous ces courriers, aujourd’hui se donne-t-on encore son adresse quand on se rencontre ou quand on se quitte, pour un temps, quelques temps, plus longtemps ?

(En)quête