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Dimanche 16

21 Mai 2017, 21:31pm

Publié par Juliette Melany

Un peu plus tard ; ils étaient tous partis.
Il était resté le silence. Et moi.
Je n’avais pas mangé. Je ne mangerais pas. Ne mangerais plus ?
L’assiette était trop petite ; il voulait partager, j’avais préféré tout lui laisser.
Quand est-ce qu’il remangerait, lui ?
Lui qui ne mangeait qu’avec moi. Je vais pas te laisser là tu sais.

Plus tard, ma blonde soufflait dans sa paille.
Puis elle répétait après les paroles de la chanson que jouait la radio ; de sa voix d’étincelles, ça faisait venez dans mon hôpital, qui fait peur dans... vos maisons.

J’avais pas supporté. J’étais allée la retrouver. L’entendre me dire oui va le chercher y feront rien de bon pour lui, pour l’aider, tout c’qui font c’est rien qu’à leur filer des médocs, encore et toujours, qui les abrutissent.
Et j’avais pensé Verlaine, dans ses Hôpitaux.

Le problème, c’était cette soif terrible d’être seul, alors qu’à partir d’un certain jour, pour toujours quelqu’un vous manquera. La solitude ne sera plus jamais... idéale.

Comme pour toi Loulou. T’es là aussi, toi, toujours là où je suis. Qui suit qui ?
Tu attends qu’il revienne, l’autre. Et ton cœur cogne diablement.
Tu rajustes sans fin la mèche qui barre ton front et signe ta misère. Mais tu sais que c’est vain.

Pourquoi ne puis-je vivre, pendant tout ce temps où j’attends ?
Pourquoi ne puis-je vivre, si ce n’est ivre ?

L’autre, il parle vite, il veut rire tout le temps, parce que tant qu’on n’est pas noyé, pourquoi pleurer.
Il court tout le temps, il veut aller partout, parce que tant qu’on est vivant, pourquoi s’arrêter.
Mais toi tu ne suis pas ; aller plus vite que ton cerveau, ne peuvent pas, tes pas.

Pourquoi tu l’as laissé partir, Loulou, non je te parle pas de l’autre ; mais de Pierrot, c’est ton frère après tout ?

L’enfant n’avait rien touché, bu de l’eau simplement, beaucoup, au goulot de la bouteille en verre, avidement.
Elle, elle regardait ses ongles, son vernis rouge plus si parfait, complètement écaillé même, murmurait encore je suis violoncelle.
Elle : sa mère ; ma sœur, sœur d’infortune et pour le meilleur.
La plus belle fille blonde aux yeux noirs et à la bouche rouge, tu me disais, la seule peut-être que tu aurais pu aimer, un peu. Mais tout de même, tu n’aimerais jamais de cet amour-là que l’autre, tu le redisais aussi, à chaque fois.

Je pense à lui. Qui ne reviendra pas. Toi qui attends. Si tu m’avais attendue, moi, plutôt. Mais non, moi je ne m’en vais pas ; on ne peut pas m’attendre.
Je pense à tous ceux, qui ne répondent pas.
Et moi qui réponds toujours, à tout le monde. Un jour, il me demande mais pourquoi.
Mais enfin, si on s’adresse à moi ?
Qui que l’on soit ?

J’vais venir te chercher, mec.

Elle lisait Histoire d’O.
J’avais les pieds dans l’eau.
Toi tu étais si beau.
Comme quand tu me tournes le dos.

Et que je conjugue et file, sans bruit, nos rêves à demi.

Elle me dit « Ils veulent tous me baiser, de toute façon c’est toujours la même chose, tu crois qu’y en aurait un pour vouloir autre chose un jour ? Pourquoi les gens ils ne veulent pas rester un peu, se reposer, et aussi de la chaleur, de la tendresse, de la douceur... des fois ? Un truc qui te fait dormir mieux, vraiment... qui fait que tu y arrives en fait, à dormir... sans médicament ni alcool ni rien... »

Et son fils accroupi, regroupé sur lui-même, qui se balance d’avant en arrière.
Elle se lève, ne cherche ni son regard ni son contact. Elle sait déjà tout. Elle s’assoit simplement, par terre, à côté de lui, sans le toucher. Elle s’efforce de respirer calmement, amplement. Personne ne lui a rien dit, elle a tout appris de lui.
Ces deux-là sont une forteresse.

Sa voix est presque inaudible, qui souffle encore je suis prisonnier du ciel.

Je n’essaierai plus d’accrocher ton regard, à toi non plus, je te le promets.

Et toi, comme tu es con, tu lui demandes soudain : (comme tu es con, je n’en reviens pas)
« Tu crois que c’est pour ça qu’il est comme ça ?
« Qu’il est comment ?
« Comme ça.
Elle te regarde avec ses yeux de fauve soudain, étonnée malgré tout. Elle se donne encore de petits coups, à intervalles réguliers, sur l’avant-bras, avec la pointe de son stylo.
« Ton histoire d’avoir des oiseaux dans la tête, là.
« Pour ça, c’est quoi « ça » ?
« Parce qu’il n’a pas de père, que tu n’sais même pas qui c’est ! Qu’ça pourrait être n’importe lequel parmi au moins dix !
Elle écarquille les yeux, son sourire est immense, j’ai juste envie de l’embrasser, tandis qu’elle te détaille de son regard inflexible et amusé. Mais j’ai tout le temps envie de l’embrasser je crois.
« Pfff non mais n’importe quoi ! Ça n’a rien à voir, t’es débile ou quoi ?
Elle te regarde encore, elle hésite à le dire – comme la vague enfle, gonfle, se dresse – et là je sais qu’elle va mâcher ses mots, mais elle va te le dire :
« Et ton frère, c’est quoi son problème alors ? Et toi, pourquoi t’es comme ça, toi ?

J’arrive, tu ne déranges personne arrête de dire ça, au contraire tu vois moi je tourne pas rond du tout quand t’es plus là, allez rentre à la maison, même si ce n’est pas, même pas, une maison, c’est la tienne, c’est la nôtre, et on restera là, encore un peu, là, tous les trois.
Toi Pierrot mon fou qui siffles en regardant ailleurs, toi Loulou qui attend tout le temps en faisant le beau, et moi qui change les meubles de place, oui je sais j’ai laissé les fenêtres ouvertes un peu trop longtemps... mais vous avez froid, vous ?

Comme si elle lisait dans mes pensées, elle dit soudain « rien ne peut rester toujours pareil dans la vie ».
A moins qu’elle ne s’adresse à toi...

Dimanche 16

Que serais-tu [Alex - II]

11 Mai 2017, 15:11pm

Publié par Juliette Melany

Baiser chantait-il alors toi que savais-tu.
Qu’il y aurait des ombres au tableau mais lesquelles.
La nuit tu mens ce goût son piège le sens-tu.
Tout est un peu plus fort aujourd’hui te dit-elle.

L’inflexion de vos chairs alors s’était tue.
Mais quand renaît sous ta peau le feu l’étincelle.

Qu’as-tu fait, comment s’échapper, où iras-tu.
Pour seule issue en débusquer la joie le sel.
Or de cet arôme les chemins connais-tu.
Quand tu ne sais pas même déployer tes ailes.

Le jour venu amours ou douleurs diras-tu.
Tant elles se confondent que tu en chancelles.

Dis-moi regretter le temps d’avant pourrais-tu.
Celui des chaleurs et dans ta bouche du miel.
Quand pour chaleurs c’est sur toi la fièvre abattue.
Là où fêtes galantes et alcools t’ensorcellent.

Sous la lune tangue ton bateau impromptu.
Quand pour de si doux naufrages tu appareilles.

Que serais-tu [Alex - II]