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Arrivés

13 Février 2013, 13:10pm

Publié par Les poésies de Juliette

C’était plus tard, nous étions arrivés, et quelque chose s’était arrêté.
Manon faisait les cent pas, et moi je faisais le pied de grue.
Elle me donnait le tournis d’abord, et puis insensiblement ses virevoltes ont fini par m’apaiser, insensiblement comme si je m’endormais sur place, une chape de brume était alors tombée sur mes pensées, et une drôle d’indolence un peu rude pesait sur mon front. Le froid était saisissant.
Et elle, continuait de tourner. Sans rien dire.
Dans cette situation absurde, nous attendions que quelqu’un vienne, enfin, ouvrir la porte de la maison, prenant conscience de notre présence, et nous invite à entrer.

Et puis il y a eu la stridence du message reçu, sur son téléphone portable.
Elle a lu le message et son irritation s’est atténuée lentement pour laisser place à une incrédulité amusée. Elle m’a regardé aussitôt, avec cette rondeur dans le visage – les yeux ronds, la bouche ronde, comment dire cet étonnement parfait – et elle a simplement lu à voix haute : « Où en êtes-vous ? Donnez-nous des nouvelles, tout le monde ici vous attend. Je t’embrasse ma Nanon, Maman. »
Alors nous avons éclaté ensemble du même rire, d’un coup dans le silence il n’y a plus eu que notre rire, qui a résonné très fort au milieu du décor blanc ; on se serait cru dans une séquence tournée en noir et blanc tellement le ciel de ce matin-là était gris.
Il n’y avait plus de mouvement, ni non plus d’immobilité ; plus de silence, mais pas plus de paroles : il n’y avait que ce déferlement nerveux qui remplissait l’espace entre nous, nous reliait.

Arrivés

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Olivier 01/07/2013 12:55

Oh la loose ! J'avais écrit aussi un truc similaire sur un fait où il ne se passait rien, je savais où j'étais et en même temps j'étais perdu. J'étais perdu parce que je ne savais plus si c'était le bon lieu de mon rendez-vous. J'étais perdu parce que je ne savais plus si c'était le bon jour du rendez-vous. Ce n'était en plus pas le moment de traîner ni de me faire poireauter... Parce que si je ne devais pas être là, autant que j'aille ailleurs et basta ! Je n'avais pas regardé mes messages. Quel idiot j'étais ! Rien. Je n'ai pas de message, évidemment, mais je n'ai pas de message parce que j'ai oublié mon portable. Comme chaque fois que je me déplaçais. Ou je l'avais perdu. Ou on me l'avait volé. Ou je n'en avais jamais eu.

Et puis... On peut certes se tromper de lieu, de jour mais... Etait-ce la bonne heure ? Parce que si c'était, au moins la bonne heure, au moins ça, ça me permettait de m'accrocher à une idée tangible, à un souvenir exact, je voulais penser, à un fait authentique (et encore plus tard...) Etais-je seulement censé connaître les gens avec qui j'ai rendez-vous ?
Mon carnet ! Mon carnet dans ma poche arrière. Si j'attendais un peu, il allait forcément se passer un truc.
Je m'étais mis alors à écrire sur mon carnet. L'histoire d'un type qui ne sait s'il arrive à le bon jour ou à la bonne heure. Il ne sait même pas si c'est le bon lieu.
Il mourait à la fin de mon histoire... Mais en même temps, dans mes écrits, on meurt souvent.

Voilà à quoi ça tient l'identité : à trois minutes dans la nature.

Et la loose continue puisque cet écrit, je ne le possède plus. Je l'ai perdu lui aussi. Pas moyen de remettre la main dessus. Je sais juste qu'un jour je m'étais perdu à un endroit que je pensais exact, à une heure pensée exacte, de même que le jour. La voilà mon idée tangible.

En tous cas merci pour cet instant de loose ET ... de self-control.

Juliette 01/07/2013 23:48

C'est dommage que tu l'aies perdu, cet écrit.
En même temps, du coup, tu as déjà entamé sa réécriture à travers ce commentaire...
Sans rire, il y a matière à reprendre ici.
De rien, et, merci à toi.