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Dans la maison, juste après

25 Mars 2013, 17:14pm

Publié par Les poésies de Juliette

Manon regarde le mur, avec insistance. Profondément. Elle fixe un point innommable, indéfinissable, que nul autre ne voit.
Elle ne sait pas encore toute l’importance de cet instant. Elle ne sait pas qu’elle s’en souviendra toujours, peut-être.
Elle regarde infiniment, de toute sa capacité de concentration, ce léger creux dans le mur, ce défaut de la surface rugueuse, blanc cassé un peu jaunie. Le flot tumultueux de toutes ses pensées réunies vient se fracasser et se dissoudre sur ce détail du mur. Elle peut éviter ainsi de remonter parmi les hommes, de retrouver la possibilité de parler, d’analyser, d’affronter de face les idées qui l’assaillent.
Elle attend.

Les conversations vont bon train, quelle drôle de circonstance, pourtant ils parlent tous à la fois ; le vieux le premier a son bagout des grands jours, comme il ne le retrouvera pas de sitôt par la suite, mais pour l’heure il parle et rit et plaisante.
Ils doivent parler ainsi pour crever la bulle de silence, lourde, mélancolique, qu’ils ont laissé gonfler en eux, les jours précédents, toute la matinée surtout.
Comme s’ils avaient oublié ce qui les réunit, c’est simplement l’heure de l’apéritif ; quelque chose de familier.
Il faut bien que les hommes laissent aller un peu leurs nerfs, ce ne serait pas tenable.

Manon regarde toujours le mur. Elle est redevenue une enfant.
Plus tard, elle se demandera si effectivement, enfant, elle n’avait pas à plusieurs occasions fixé ainsi ce défaut du mur, dans le salon.
Puis elle regarde sa mère. Elle aimerait, en cet instant, être plus proche d’elle.
Elle aime quand on dit qu’elles se ressemblent, elle se concentre et reconnaît elle-même l’arcade sourcilière marquée, volontaire.
Elle cherche maintenant ce qui du visage de sa grand-mère se retrouve dans celui de sa mère, et dans ses propres traits. Cette identification l’apaise.
Elle se demande à quoi sa mère pense. Elle aussi semble attendre que tous, enfin, se taisent.

Dans la maison, juste après

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