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En chemin

22 Mars 2017, 17:55pm

Publié par Juliette Melany

Vous savez, ceux qui parlent seul, à voix haute, dans la rue ; qui crient parfois. Ceux qui chantent à tue-tête, l’autre dans le bus, là, avec son casque sur les oreilles, qui nous retransmet ce qu’il aime si fort avec toutes ses tripes (c’était Johnny, presque à chaque fois, souvent toute la musique que j’aime, justement).

Des fous, comme on les appelle.

En chemin vers la crèche, avec mon aînée, pour aller chercher sa petite sœur. D’un coup, ça m’a frappée. On attend que le symbole piéton passe au vert, et elle crie "mais, arrêtez !" et fait de grands gestes, à l’adresse de ses chiens imaginaires.

Souvent aussi, elle chante, en sautant d’un pied sur l’autre, en pleine rue.

Elle court, dans tous les sens.

On ne la dit pas folle, elle. C’est juste une enfant ; ça fait sourire la plupart des gens, tendrement même souvent, quand ils la regardent.

Alors qu’est-ce donc, cette folie-là.

Devenir adulte, et entrer dans une certaine normalité, ce serait apprendre à cadenasser en soi, à l’intérieur, dans le silence, un certain nombre d’émotions ; le je(u) ça passe pour les enfants, pour les adultes il doit rester à l’intérieur – ou se limiter, à la rigueur, à certains contextes adaptés.

Pourquoi nous font-ils rire, ces fous ? Pourquoi nous font-ils parfois un peu peur ? A quoi nous renvoient-ils, caché quelque part en chacun de nous ?

*

Sur le chemin du retour, elle court, loin devant nous. La petite main de ma deuxième accrochée à mon index, je marche à petits pas, calée sur son rythme.

Et ma grande court, approche de la route ; et moi je sais qu’elle va s’arrêter, je le sais, je la connais. Il y a une pointe d’inquiétude en moi malgré tout, je me dis, et si prise dans ses rêveries, elle ne prêtait pas attention à ce qui l’entoure, et continuait à courir jusqu’au milieu des voitures ? Ou si une voiture quittait sa trajectoire ?

Je l’appelle, lui rappelle de nous attendre, lui dis que ça me fait un peu peur.

Elle s’arrête devant le passage piéton. Se retourne et me dit "je sais, maman ! je vous attends à la route !".

Nous traversons et elle repart précipitamment, nous attend au prochain passage. Je la vois au loin, qui se dandine à côté du feu tricolore, et les voitures ralentir, les conducteurs hésiter, visiblement surpris de voir une enfant seule, qui semble prête à traverser ; elle n’a que quatre ans après tout, on lui en donnerait peut-être cinq mais tout de même.

Je l’appelle, pour qu’elle se tourne dans ma direction, que les gens comprennent que non, elle n’est pas toute seule dans la rue. Et elle me crie "je sais, maman ! je n’ai pas peur ! je vous attends !".

Nous traversons une nouvelle fois, et elle repart de plus belle en  criant "je vous attends pour traverser !" et là il y a un angle, je ne la vois plus ; au rythme où avance ma petite, je vais passer plus d’une minute sans la voir. Alors, si un conducteur perdait le contrôle de son véhicule, que je puisse la voir n’y changerait rien. Mais si quelqu’un de mal intentionné passait à sa hauteur, que je ne puisse ni la voir, ni être vue, change quelque chose. Je lui crie "non, attends-nous ! je veux te voir !", et elle, revient sur ses pas et répète "mais je n’ai pas peur !".

C’est si frappant. Est-ce que je ne trouve pas cela formidable, en vérité, qu’elle n’ait pas peur, est-ce que vraiment, j’ai envie de lui apprendre à avoir peur... Elle sait déjà combien elle est vulnérable en face d’une voiture, elle connaît ce risque, elle sait comment l’éviter. Alors je lui dis simplement "je sais, c’est moi qui ai un peu peur, tu sais".

Et je presse un peu le pas, oblige ma cadette à accélérer un peu, pendant la minute et demie, qui me paraît en durer dix, où mon aînée est hors de mon champ de vision.

Ensuite, elle continue de gambader gaiement, vingt mètres, trente mètres devant nous ; heureuse, car elle connaît le chemin, elle sait qu’en tant que piétonne elle doit avancer sur le trottoir, elle sait où s’arrêter, où m’attendre pour traverser, elle saurait vraisemblablement même traverser seule ; elle est dans son monde, dans ses pensées, dans ses histoires, et tout à la fois au monde, consciente quand il le faut de l’environnement extérieur, il me faut lui faire confiance ; oui elle est, heureuse, elle n’a "pas peur, maman".

En chemin
En chemin

Fix you [Alex - I]

8 Mars 2017, 23:41pm

Publié par Juliette Melany

Ce que tu n’avais pas imaginé, c’est combien cet amour-là pourrait te paralyser, te changer en statue, sel brûlant, écorce douloureuse, surface étale du buste au-dessus de remous bouillonnants, carapace de métal, souffle coupé court au passage dans l’atmosphère extérieure, regard fixe voilant les agitations démesurées de ton cerveau sous emprise, monstre de pierre, animal immobile, singe en hiver, cœur de feu dans corps de glace.

Que tout deviendrait si difficile ; fermer les yeux chaque soir, les ouvrir chaque matin, mettre un pied devant l’autre, répondre à une question.

Comment l’aurais-tu imaginé, tout était prétendument si simple et si léger, comment aurais-tu soupçonné l’étendue d’un geste, un geste de rien, quelques mots, un sourire ou deux, l’ébauche d’une caresse… mais nous serions-nous seulement touchés ?

Comment aurais-tu supposé que le flot d’énergie dans tes veines, la décharge de bien-être le long des parois givrées de ta petite tête de bestiole affamée, l’appétit démesuré sous chacun des soubresauts pulsatiles de ta peau, dans chaque influx nerveux dictant tes mouvements, soudain si amples, si heureux, si vivants… se changeraient en leur exact opposé ?

Certains se donnent à un dieu, d’autres se damnent pour une drogue, certains retaillent un peu en eux-mêmes pour une paire de beaux yeux, deux jambes agiles, la chaleur éphémère de deux bras… qui seraient aimants ; tous nous traquons l’amour, l’onde nécessaire à nos cœurs assoiffés ; mais que fait le corps, que ressent le cœur, que susurre le ventre, que dicte le cerveau, que rêve l'esprit ? Et lequel trompe lequel ?

Fix you [Alex - I]