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Presque 3 semaines plus tard - finalement laissé inachevé, ce texte - mes mots pour ton premier anniversaire

2 Novembre 2015, 23:01pm

Publié par Les poésies de Juliette

les feuilles sont devenues un peu plus jaunes chaque jour
l’air a pris ce goût de froid électrique le matin
et quand furtivement la lumière a viré au bleu-gris un peu plus tôt le soir
dans mon ventre un écho a résonné par intermittences
comme un grondement sourd et à peine perceptible
le chavirement de mon cœur en reconnaissant la saison qui t’appela
oh mon éclat de chaleur dans le froid nouveau
mon fragment de lumière à la pointe du jour plus tardive
ma petite bulle de douceur au milieu des cris de la ville des cris de la vie
ma petite peau rouge aux yeux bridés entre mes mains étonnées
ta petite frimousse toute douce entre les feuilles d’or et de sang
sous un ciel hésitant et moqueur l’évidence de ta présence contre mon sein
portant entre nous pour toujours les heures suspendues
la surprise la puissance un torrent la nuit le jour la nuit du silence des heures de silence des soupirs longs rauques et fous des vocalises de grave en aigu quand ta voix a pris le relais de la mienne ta peau caramel chaude si chaude et douce si douce ta peau ton sommeil ta respiration ample et sereine ta légèreté mon bébé minuscule mon bébé boule de tendresse mon bébé bulle de secrets oh tout ce que de toi j’ignorais
mon bébé bé-bé-bé-bé ton initiale te va si bien tes joues abricot pêche rose lait miel une pointe de sel ta bouche une fleur une feuille du bonheur

et vos mains vos mains vos deux mains demain hier aujourd’hui tous les jours mes amours
et ce sentiment aussitôt d’être devenus enfin soudainement pleinement et merveilleusement une famille un peu plus grande tout juste cette évidence

Presque 3 semaines plus tard - finalement laissé inachevé, ce texte - mes mots pour ton premier anniversaire

Leurs mains qui se tiennent

22 Juin 2015, 23:07pm

Publié par Les poésies de Juliette

Leurs mains qui se tiennent
Dans la joie les maintiennent

C’est la première chose que tu as faite quand tu as rencontré ta petite sœur : tu as attrapé sa main.
Tu l’as attrapée et tu ne l’as plus lâchée.
Parfois tu la serres un peu trop fort, ou encore tu la secoues, tires un peu dessus.
Tu y colles ta bouche, ton nez, ton front.
Tu l’observes toujours sous tous les angles, de tous les côtés, et tu t’émerveilles de la voir grandir peu à peu ; et de la voir gagner en habileté peu à peu, tu n’arrives pas bien à démêler les sentiments que cela suscite en toi : il arrive que ses nouveaux pouvoirs t’inquiètent ou te chiffonnent, mais les promesses d’innombrables partages et d’infinis possibles qui se dessinent en filigrane te réjouissent et l’emportent.
Un jour tu lui as dit en prenant ses mains dans les tiennes « donne, donne-moi tes petites manounettes ».
Je crois bien que c’est un de tes premiers mots inventés. Une sorte de néologisme, un clin d’œil à ma propension à ajouter -ette à la fin de tous les mots (j’ai toujours eu tendance à faire des augmentatifs en guise de diminutifs).

Toi, tout d’abord, tu t’es contentée de dormir, paisible. Les doigts pris entre ceux de ta grande sœur.
Puis tu t’es mise à la regarder, intensément, chaque fois qu’elle venait auprès de toi, et que sa main attrapait la tienne.
Un peu après, tu as commencé à t’agiter, à danser, à trépigner dans ces moments-là, à sourire et à rire...
Parfois tu ne la laisses plus dénouer son étreinte, tu l’agrippes à ton tour.
Ou bien tu te débats un peu, quand tu n’es pas d’accord, que tu as bien envie de faire autre chose de tes mains que de les laisser aller à sa guise.
A présent quand sa main passe à portée de la tienne, te voilà qui tends le bras autant que tu le peux, pour l’attraper !
Et les mains de ta sœur jouent ainsi une grande part dans tes découvertes sensorielles.
Expériences tactiles en premier lieu, mais également olfactives, gustatives, auditives, visuelles...
Tu n’en finis pas d’ailleurs, de regarder ses mains, de les regarder saisir, tourner, manipuler... Et déjà les tiennes les imitent.
Un jour je vous regarderai sûrement marcher toutes les deux, main dans la main.

Et mon cœur suit les oscillations des ondes de deux mains
Et vos mains qui s’accrochent dansent sans fin sous mes paupières

Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennent

Somme attique

10 Juin 2015, 15:30pm

Publié par Les poésies de Juliette

La fenêtre est un écran de soleil
Derrière lequel s’agitent quelques ombres légères
Branches qui se balancent au vent doucement
Les draps sur la moitié du lit sont couverts de lumière
Et juste à côté forment un écrin où tendrement
Mon enfant est endormie
Et mes yeux enchantés absorbent son image
Toute en harmonie blonde et ronde
Et mon sang s’écoule plus calmement
Au rythme de sa respiration pleine et profonde
Et s’émerveille ma main que toujours retient
La sienne petite douce et tiède
Et je contemple tour à tour ainsi
Ses joues par l’étreinte rosies
Son front doré et serein
Entre mes lèvres et sous mon nez s’attardent encore
La moiteur un peu piquante vaguement salée
Cueillie dans ses cheveux
Et cet extraordinaire effluve de lait sucré
Apporté par son souffle
Quand mes narines ont effleuré la fraîcheur de sa joue
La peau caramel que je viens d’embrasser
Elle a cette moue inimitable
Cet air repu qui suit la tétée
Sa bouche charnue très légèrement pincée
Comme si elle retenait encore un peu de ce moment
Le goût la sensation de nos deux corps
Réunis pour la nourrir l’apaiser l’aimer
Et je devine sous ses paupières fermées à un fil près
L’éclat de ses yeux petits océans ondoyant sous d’autres cieux
Peignant des songes que je lui souhaite doux et tendres
Je pourrais m’endormir je vacille à la lisière du sommeil
Mon esprit bourdonne un peu
Mais cependant encore je veille
Sur elle et sur cet instant plus fort qu’aucun rêve
Mon bébé lumière, or blanc, mon bébé douceur, mon amour

Somme attique

Si moi je ris de joie

14 Avril 2015, 23:44pm

Publié par Les poésies de Juliette

Un jour, mon enfant a six mois.
La vague d’amour est devenue bourrasque de soleil, qui m’envahit, emplit mon corps de plénitude, tout est brûlant, brillant.
Tout a un peu plus de sens.
Les cœurs à l’unisson, dans la maison, s’échangent d’infinis romans dans le silence.
Il y a des perles, des pierres, de l’eau, des éclats et des reflets multicolores autour de chaque geste.
Ah, les gestes, mes bras, les siens, une évidence.
Les rires résonnent profondément, longtemps, partout autour de nous.
Tout tinte et chante.
C’était l’hiver, c’est le printemps, ce pourrait être l’automne.
En vrai il fait si chaud que l’on croirait l’été. La liberté.
Tout est un peu sucré, un peu salé, un peu tendre, affamés que nous sommes.
Plus que jamais, nous savourons la fusion. Elle est devenue consciente, n’est pas encore émoussée.

Je revois le front de ma première née, je n’en reviens pas de celui de ma deuxième.
Et toutes ces étoiles. Accrochées à leurs yeux, à leurs doigts, nos mains.

Si moi je ris de joieSi moi je ris de joie
Si moi je ris de joieSi moi je ris de joie

Dans leurs yeux

3 Avril 2015, 23:50pm

Publié par Les poésies de Juliette

Dans ses yeux il y a la forêt la terre des feuilles la terre
Dans la forme un angle un accent quelque chose de ceux de son père
Un chemin au milieu des herbes folles un peu d’or un peu de vert
Et sous un ciel passionné mouvementé les reflets de la mer

Dans ceux de sa sœur sous le soleil soudain les reflets de la mer
Un ruisseau qui file entre les pierres un peu de bleu un peu de verre
Dans le fond une étincelle un éclat quelque chose d'un mystère
Et encore le ciel de l’eau un oiseau de l’eau de la lumière

Dans leurs yeuxDans leurs yeux

Trois petits tours et puis reviendront

21 Janvier 2015, 00:46am

Publié par Les poésies de Juliette

Il y a un an je ne pensais qu'à toi
Et toi ici c'est elle, et elle, et elle encore, et elle aussi
Elle dont je ne savais encore presque rien
Elle qui n'a connu que le plus doux, et que la vie a soufflée
Elle qui n'était pas encore née, non loin de là
Elle qui chaque jour m'apprend et m'entraîne

Il y a un an c'était il y a une éternité
Regarder en arrière et pourtant aujourd'hui encore

Je ne pense qu'à vous
Et je voudrais vous dire encore tout cela
Ou plutôt rien d'autre que cela
Au rythme de vos regards, de vos gestes, de vos sourires, de vos voix
C'est le ventre de la terre qui bat au creux de mes mains tout bas

Se délier, se retrouver
Et...
Mais !

Trois petits tours et puis reviendront

Mes théâtres

9 Avril 2014, 16:55pm

Publié par Les poésies de Juliette

C'était juste un hasard, un merveilleux hasard.
Le linge qui séchait, et mes éternels jeux d'entre-reflets.

J'avais tout préparé pourtant, mais voilà ce "tout"-là a attendu, plus de deux mois, c'est étonnant comme parfois c'est justement, ou plutôt comme toujours, oui c'est toujours autrement que ce que l'on avait pu prévoir, préparer, imaginer. La vie.
Elle nous échappe toujours, nous glisse entre les doigts.

Il y a de ces coïncidences, pourtant, parfois !

Evidemment, le temps s'est suspendu, tout en devenant paradoxalement plus lourd, et moi j'ai laissé le silence filer toutes mes métaphores, tout bas. Et le cœur aux cimes, tout à la fois.

Comment pourrait-on en perdre, du temps ; en gagne-t-on, parfois ?

J'avais gratté tout le vernis, partout. Et il restait ça, quelque chose de simple, un instant fragile, une intervention non programmée.

Plus tard, elle avait été témoin, par une porte entrebâillée, de cette mise en abyme, sans scène. Et elle avait simplement dit, qu'il y avait là quelque chose de la "tragédie".
Ce mot ; tout ne serait donc qu'une vaste pièce de théâtre ?
Mais alors, si vaste...

J'étais heureuse, très heureuse, je crois, je commençais d'un coup à l'être, à sortir d'une vague torpeur, retour à la réalité ou retour au rêve je ne saurais dire mais j'étais donc là, pleine d'une attente sans nom, bouillante, pleine d'un projet immense, enfin ; en gestation, sur le point d'éclore, j'allais enfin lui donner libre cours, cette place, une place, la mienne, ma nouvelle place pour un temps.
Et les mots voleraient... et ce serait juste le goût de la liberté.
Pour irréelle qu'elle soit, elle en a un, de goût, et un sacré goût, qui laisse à jamais sur les lèvres son empreinte, et dans la mémoire son écho enfiévré.

Oui, d'ici peu, une porte allait s'ouvrir.

Et c'est fou, comme tous ces mots-là, veulent à la fois tout et rien dire ; quelqu'un comprendrait-il quelque chose ?
Et comme pourtant, en tant de temps, ils ont la possibilité de résonner et de dire tout juste le présent. Exactement le présent, plusieurs présents, mais toujours les mêmes mots, pour dire une chose et une autre, et encore une autre... selon le sens que nous leur donnerions.

Au milieu du flou, de l'inanimé, de l'imaginaire, ton apparition ; brusque, vivante, claire.

Mes théâtres
Mes théâtres
Mes théâtres
Mes théâtres
Mes théâtres

Et un jour, dix jours

9 Mars 2014, 16:16pm

Publié par Les poésies de Juliette

Et un jour soudain un jour
On est un beau jour
Et elle, elle a dix jours
Et aussi extraordinaire que cela soit
On est là, avec elle, simplement on est là
Au-dehors, et on marche, on va, et puis on s’assoit
Et la Terre ne s’est pas arrêtée de tourner
Et presque rien n’a changé
De notre miracle personne autour rien ne sait
Et on le dit, qu’elle a dix jours, et les gens sourient
Et ils sourient, ils rient même, et on sourit aussi
C’est juste la vie, évidemment, la vie

Et on est ce jour-là, on est le matin, le midi, le soir
Il fait jour, il fait nuit, ah ! le jour, la nuit, il est tôt, il est tard
Et même si au milieu des heures c’est le bazar
Encore on mange, on dort, on sort
Et on cligne, comme on cligne des yeux au-dehors
Car partout l’on croit voir de l’or
C’est l’été, mais ce pourrait aussi bien être une autre saison
Et aussi fondue que soit notre raison
Tout autour chantent et odorent les horizons

Et pourtant encore on respire, on parle, on pleure, on rit
On répète les mêmes mots, ébahis
Et puis on se tait, et soudain on frémit, sourit
On n’a qu’une fois vingt ans
On ne vit qu’une fois chaque instant
Chaque seconde est unique, évidemment
Mais pourtant, quand on est ce jour, ce beau jour
Où cela est fou elle n’a que dix jours
C’est un vertige, c’est un frisson, c’est, de l’amour

Et un jour, dix jours

Un songe (se devrait-on inquiéter d'un songe ?)

15 Février 2014, 21:03pm

Publié par Les poésies de Juliette

Le vent sifflait au carreau, roulait contre lui
Et l’on aurait dit quelqu’un, soufflant, gémissant
Il y avait encor des brumes de la nuit
Accrochées à mes tempes où frémissait le sang

J’entendais cette voix comme un écho lointain
Elle répétait sans cesse les mêmes mots
Et tous mes laborieux efforts demeuraient vains
Pour en saisir le sens, en démêler l’écho

Alors j’abandonnai, renonçai à savoir
Pourquoi l’on s’était ainsi adressé à moi
En vérité j’y devinais comme un espoir

Il suffirait de se souvenir de la joie
D’accepter la tempête et dans mon songe entendre
Une invitation au réel de nos cœurs tendres

Un songe (se devrait-on inquiéter d'un songe ?)

Deux livres est-ce vrai

28 Janvier 2014, 15:48pm

Publié par Les poésies de Juliette

Ça faisait trois petits points, deux-trois, deux ou trois, deux trois quatre, et puis se multiplient, et puis s'en vont, et planent, encore, et encore, et encore.
Des petits points au milieu de mes rêves, comme des points d'ancrage, hors de ma cage, comme de l'encrage mais à l'encre d'or, ou alors, comme les mots noirs, noir sur blanc, petits papiers, que je me colle parfois, au milieu du visage, pas sage.
Comme quand je bois, quand tu bois, dans ce pays-là, ce pays à l'odeur incroyable de bois.
C'était juste ça. Là-bas. Où la lune en plein jour témoignait parfois de notre gueule de bois.
Là-bas plus que jamais je savais distinguer derrière les chapeaux des éléphants mangés par des boas.
Et je m'accrochais aux fenêtres, celles qui nous apaisent, tu sais, oui, non, peut-être pas mais je le sais pour toi alors si je te le dis tu me crois. Mais puisque je te le dis, crois-moi.
Et par ces espaces entrebâillés, il y avait des lettres, et des croix.
Croix de bois, croix de fer ici-bas, tout bas. Mais elles n'étaient pas dans ce sens-là.
C'étaient plutôt des x, encore des lettres - et toi tu me parlais de l'être - mais elles étaient peut-être bien en fer, ne pas s'en faire, l'enfer, n'existe pas.
Sur fond de blanc, et de lumière, et qui mieux que la neige réunit ces deux éléments-là ?
Elle m'en disait des choses, et d'autres choses, elle me faisait des clins d’œil en petites taches jaunes, lumières, chimères, des réverbères.
Et le ciel bleu soudain. Toujours.

Ma prison était toute mentale, c'est dire si jamais je n'ai été aussi libre.
Il restait ces grilles au-dehors, mais aujourd'hui je fais mieux encore, je les tords, et c'est un assez doux je dois dire corps à corps.

Et qu'en ferais-je, de plus, de mieux, de plus grand, de plus fort... si ce n'est nos rêves, nos essais, cette sève, les laisser, qu'ils se multiplient... ?
Et cela même, aussi, les jours de pluie ?
Puisque je t'aime, aussi...

Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai

Tu vois, ce convoi

14 Janvier 2014, 14:01pm

Publié par Les poésies de Juliette

Québec, début janvier, quelques années plus tôt.
Le décalage horaire nous trouve é(mer)veillés, dans un sursaut, un peu hirsutes mais tout à fait alertes, avant les premières lueurs.
J'en profite pour les attendre, inlassablement, clignant de l’œil entre tous les reflets de, et autres jeux de miroir, écrans, vitres, carreaux. Ô chères fenêtres.
J'avais fait de ces quelques clichés l'inverse d'un temps fragile, une nourriture toute spirituelle, un objet de méditation. Et de médiation, entre le monde et moi-même. Quelques virtuels échanges, au goût enneigé, un lieu de rêves sans fin. Immobiles.
Mesurer, palper, à cet état brumeux mais euphorique de notre cerveau, à cette surdité de nos mains pourtant avides, à ce vent glacé dans nos narines qui perçoivent encore néanmoins toutes ces odeurs, ces saveurs inédites, que l'on est loin, pour de bon loin, que les kilomètres sont bien derrière nous, sans que nos corps n'en éprouvent toutefois la lassitude d'un vrai voyage.
Six heures pour plus de cinq mille kilomètres, voilà l'hérésie que les moyens de transport modernes imposent à nos esprits et à nos corps.
Éblouie, affamée, quelques chants de Noël en résonance, j'attendais suspendue que le temps veuille bien me lâcher. Et je n'avais pas peur, pas vraiment peur, de tomber.
Et cependant, j'avais ses yeux aimants en point de mire, et quelques outils vaguement malléables pour m'exprimer.

Tu vois, ce convoi
Tu vois, ce convoi
Tu vois, ce convoi
Tu vois, ce convoi

Musement park

20 Décembre 2013, 21:55pm

Publié par Les poésies de Juliette

Il y avait dans son poing fermé un marron
Il y avait son enfance, un peu essoufflée mais qui s’accrochait
Encore, têtue, à la lisière de ses onze ans fraîchement sonnés
Il y avait celle de ma fille, à peine éclose, les yeux ronds, fascinée
Et la mienne, loin là-bas mais dont l’écho résonnait bien fort jusqu’à nous, en fait
Il y avait son regard à elle qui pétillait et interrogeait
Le sien à lui qui pétillait tout autant, effronté, fanfaron
Et dans le mien leur doux reflet, un peu de buée
Il faisait le plus de cabrioles qu’il pouvait, tuait
L’ennui à grands coups de paroles, de coups de pieds
Elle alignait de petits pas d’un côté de l’autre, riait
Elle absorbait toute la vie autour de tous ses yeux, bouche mi-close, captivée
Et dans ma main la sienne s’agrippait, me lâchait, me rattrapait
Il y eut quelques silences, parce que nous n’étions pas
Tout à fait du même monde, et pas soumis aux mêmes lois
Il y eut des mots quand même, des mots surtout, des mots oubliés
Ils disaient la joie, les jeux, la fierté, l’étrangeté, un moment partagé
Il y eut quelques cris, amusés surtout, des rires aussi
Il y eut leurs mains, le temps d’un jeu, d’un pari, unies.

La semaine d’après nous étions revenues mais il n’était pas là
Et deux presque gamines sur le banc attendaient, l’air las.

Musement park

Deux ans plus tard

23 Novembre 2013, 12:47pm

Publié par Les poésies de Juliette

Deux ans plus tard
Des nerfs d’humaine
Un peu plus tard
L’énergumène

Est-ce un hasard
Du sang d’humain
Ce fait bizarre
Entre mes mains

Mais hier soir
Et ce matin
Sont pleins d’espoir
Tout doux demain

En plein automne

8 Novembre 2013, 16:41pm

Publié par Les poésies de Juliette

Drôle de saison
La nuit monte soudain de la terre
Et nous enveloppe
Mais ça n'est pas du coton
Elle a ce goût de pluie un peu marine mais
Version des villes
Cet écho de froid qui annonce les longues soirées
Et les tendres veillées
Il y a ce sentiment de l'avoir traversé tant de fois
Ce chemin d'automne qui mène au doux soleil bleu de janvier
Il y a aussi ce vague à l'âme parce quand même l'été
C'était bien
Et puis même s'il revient toujours, celui-là précisément ne reviendra pas
Et puis l'on se souvient
Pour rien
Que tous les moments on les porte en soi
Et puis soudain
Il y a cette lumière
Qui déchire mon décor
Un instant j'avais regardé ailleurs
Mais elle est là
Mon enfant, mon sourire, mon soleil
Qui donne à novembre tout aussi bien
La magie des premiers jours de juin
Mon silence et ma musique, mon repos et mon éveil
La couleur de mes jours, de la vie ma faim,
La chaleur des lumières, ma merveille
L'éclat des corps des sons les parfums

*

Dans quelques jours il y aura un an que je traîne par ici
Et beaucoup de silence pour boucler cette année
J'écris ailleurs, et les mots me manquent pour cet espace
Ni vraiment privé ni vraiment public
Mais quelques traces quelques mots
Et je sais qu'encore il vit
Je n'ai jamais trop su vendre ma poésie
Mais je pense surtout ne jamais l'avoir voulu, vraiment
A tout prendre
Si un peu l'un ou l'autre me lit
Voilà qui me suffit
Oui c'est tout ce qu'il me faut
Et tout ce je sais faire
Savoir ce que chacun préfère

*

Quand je pense que bientôt tu
Parleras parleras parleras
Et moi qui assiste aux prémices de tout ça

En plein automne

Pensées décousues raccomodées [Complément de lieu]

24 Septembre 2013, 20:55pm

Publié par Les poésies de Juliette

Retrouver le temps des mots.

J'arrive à lire toujours un peu ceux qui s'écrivent, ici et là.
Mais écrire...

Maintenant que le clavier a remplacé la plume, et l'écran la feuille, l'on dit "taper" un texte, des mots, des touches, les "frapper". Pourquoi cette violence ?
De quoi se venge-t-on ?

Et puis d'où vient-elle, la violence ?
La plus démesurée, comme la plus anodine, celle des autres, celle d'un groupe, celle d'un seul, et la sienne propre ?
Faut-il l'avoir reçue pour la transmettre ? Est-on coupable ?
Comment s'en débarrasse-t-on ? Qu'en fait-on ?

Et la douceur ?
La si belle, si grande, la formidable douceur. L'invincible.

Il me faut savoir, l'imprimer en mon cerveau, que les conventions, les codes sociaux ne sont que balivernes, inventions. Si différents ici, et ailleurs.
Appartenir au monde, être au monde. Mais lequel ?

Me souvenir, quand cela semble long, que quand elle dort enfin je ne sais plus ce que je voulais faire, déjà.
Quand il dort, quand vous dormez, je n'ai plus jamais sommeil, et je ne sais plus pourquoi, comment.
Quand je ferme les yeux, quand j'y repense, le temps passe si vite, tu le sais bien.

Bien sûr, il manque toujours un peu.

Déménager... encore, toujours. Le temps des meubles, le temps des corps, celui des cœurs, celui des décors.

Où suis-je ?

Et il y a bien plus de 7 ans, bientôt 8, je le disais déjà :

La chambre résonne d’un écho déroutant
Et tant de voilages tendus de part en part
Dans l’immobilité ont suspendu le temps
Et ces malles closes qui parlent de départ

Sont comme autant de cartons ensevelissant
Les vestiges des agitations de nos cœurs
Et ces meubles couverts de linceuls inquiétants
Me condamnent étrangère en ma propre demeure

Et si ces mains-là qui écrivent passionnées
Ne m’appartenaient pas, et si ce que je vois
N’était qu’illusion de mon esprit abusé

Si tous mes mots n’étaient plus miens, dépossédée
Je serais, même en mon corps : où ailleurs qu’en soi
Tentons-nous malgré nous de nous dissimuler ?

Pensées décousues raccomodées [Complément de lieu]

Noces de cire, tu sais déjà tout ça mais je n'ai rien trouvé de mieux

29 Août 2013, 10:01am

Publié par Les poésies de Juliette

À la Hague revenir avec toi
Peut-être au Havre s’enivrer
Chevilles aux falaises écorchées
Sur ta peau lécher le sel de St-Vaast

User nos pieds sur les galets

J’accepterai de tanguer
De vagues en vagues irrégulières
C’est écrit dans nos carnets
La fierté de la grande et belle mer

Et tant de kilomètres pour un été

Déambuler dans Cherbourg et partir
S’en aller par le vent cinglé courir

Écrire avec du sable
Des mots pour une fable

L’histoire d’un bateau à roues
Et de canots bleus échoués
Dans mes jumelles te chercher
Tes cheveux ton front tes yeux tes joues

Dans le vent rire de la guerre
Après avoir dépassé les huîtrières
Je serai ta prisonnière
Te chercherai par la meurtrière
Je ne te laisserai pas veux-tu te taire
Mais qu’y-a-t-il d’autre à faire

Sur notre île goûter aux fruits exotiques
Te voler dans les plumes
Te voler l’marteau l’enclume
Mais tu n’es pas sourd et tu connais tous mes tics

Pousser la barrière d’un jardin
Y faucher quelques baies
T’y donner des baisers
Et regarder passer les trains

Remonter en voiture
Faire acte de gourmandise
Appelés car la vague se brise
À repartir à l’aventure

Noces de cire, tu sais déjà tout ça mais je n'ai rien trouvé de mieux

Histoire d'air

18 Août 2013, 23:35pm

Publié par Les poésies de Juliette

Vous êtes mon inspiration
mais est-ce moi qui respire
ou bien suis-je inspirée
par vous
qui est-ce qui me possède
peut-être suis-je libre comme l’air
mais l’air de quoi je ne sais pas
car si parfois je n’en manque pas
il arrive que mon souffle soit court

mais il y a vos sourires
et tous nos souvenirs
la vie qui court
vos bras qui m’entourent
et puis autant de tours
que nous enchaînons sur les manèges
dites-moi est-ce possible ou bien rêvai-je
le silence et le vent font de ces sortilèges
ce bonheur-là c’est bien vous sur ma joue

Histoire d'air

19 juillet 2013, sur la route

21 Juillet 2013, 09:00am

Publié par Les poésies de Juliette

19 juillet 2013, sur la route

Les blés sont couchés
A moins qu'il ne s'agisse d'orge
A moins qu'il ne s'agisse d'or, je ne sais plus rien sauf qu'il s'agit de toi
Je ne sais plus rien sauf que toute ma vie s'agite autour de toi

Les blés sont couchés
Il y a un an je n'étais pas dehors pour les voir
Tu étais le trésor entre mes bras
Il y a un an tu étais déjà là
Je veux dire déjà dehors
Déjà en-dehors de moi
Et nous étions dedans toi et moi
Tandis qu'au-dehors s'agitaient et se couchaient les blés
Sous la caresse du vent
Loin de nos yeux

Depuis dedans nous avions vue sur le parking
Par où il arrivait, toujours revenait nous voir
Le matin, l'après-midi, le soir
A toute heure, embrasser le bonheur
Il ne nous apportait guère d'échos du dehors
Il préférait s'enfermer, se fondre à nous au-dedans
Notre homme toujours en mouvement, soudain si différent
Nous avions vue aussi sur quelques arbres
Et sur la cathédrale au loin
Il y avait du soleil partout, sur la ville et dans nos cœurs, de l'or

Tu étais dehors mais encore un peu dedans
Accrochée à mon sein tout le temps
Tout contre moi toujours
Toi et moi dedans dehors tout le temps de l'or
Les blés sont couchés et mon cœur fait les mêmes vagues que leurs épis
Et dans le flou ce sont tes cheveux sous mes yeux

Je reviens dans la ville où tu es née
Je reviens avec toi, puis sans toi
Mais tu es partout, où que tu sois
Et il y a cette crampe, cette nausée en moi
Quand il m'est impossible de sentir ta peau sous mes lèvres, sous mes doigts

Les blés sont couchés
Et je me souviens d'il y a un an
Et de quelques jours avant
Où déjà nous nous perdions au milieu des blés
Entre quelques champs
Ton père et moi chantant
Nous enchantant
En t'attendant

Les blés sont couchés
Et je me demande si chaque année
Je revivrai ainsi ta naissance dans chacun de leurs reflets

19 juillet 2013, sur la route

Simon - II

16 Juin 2013, 11:15am

Publié par Les poésies de Juliette

Je me souviens d’un autre jour, une après-midi passée avec lui, plus tard, il avait onze ans, peut-être douze.

J’étais toujours dans sa vie, il était toujours dans la mienne.

Sa mère était rentrée ce matin-là, presque trois ans plutôt. Son père aussi, en début de soirée. Puis il était reparti, toujours en claquant la porte, comme s’il n’était pas possible de faire autrement ; et n’était pas revenu. Elle, était très occupée, avait « d’autres soucis », alors elle était présente de loin en loin ; puisqu’il « était grand maintenant ». Ainsi c’est à moi qu’il posait quelques questions, parfois ; toujours plus rarement, avec le temps. Des questions qui auraient toujours pu avoir l’air d’entretenir un quelconque rapport avec ses cours de français, ou d’histoire-géo. Pour eux, de baby-sitter j’étais devenue cette étrange « amie », cette pseudo « cousine ». Une « voisine », en somme, peu importait que j’habite un autre quartier. Elle ne me demandait jamais de réponse, juste d’entendre ses confidences, ses plaintes. Ses silences aussi. Et comme elle, son fils pouvait rester sans peine deux ou trois heures sans prononcer un mot. Elle me payait encore un peu. Dans le fond, n’étais-je pas plus qu’autre chose, une cuisinière occasionnelle, une vague femme de ménage pour elle ? Simon n’avait plus besoin d’être gardé par personne depuis longtemps. Peut-être en fait avait-il surtout besoin d’être regardé. Pour ça, ça m’allait, je pouvais jouer ce rôle-là, j’aurais même aimé le jouer un peu plus, mieux que ça.

Cette après-midi-là, il faisait gris, il n’avait pas voulu sortir ; il lisait, vautré dans le canapé. Le salon de leur appartement me revient, avec son obscurité, sa poussière, son côté feutré, anonyme, dépeuplé mais cossu, le cuir noir un peu usé, l’épais tapis bleu-gris, la table en laque, l’immense bibliothèque. Je furetais autour des livres justement, quand sa voix s’était élevée dans le silence, claire, sonore, et m’avait fait sursauter : « C’est quoi la différence entre être et se sentir ? ». J’avais simplement répondu « Quoi ? » tout de suite, sans réfléchir, j’étais surprise, il me semblait que je n’avais rien compris. Il y a eu un silence, il a paru hésiter puis il m’a dit : « Oui, si on dit « je me sens triste » ou « je me sens fatigué », ou bien « je me sens malade » ou « je me sens guéri », ça ne veut pas dire qu’on l’est ? Qu’on l’est vraiment ? Ça n’est pas la même chose ? Mais c’est quoi la différence ? Comment on peut savoir qu’on l’est si on ne le sent pas, si on ne se sent pas comme ça ? » Je me suis sentie comme face à quelque chose de plus grand que moi, de trop grand pour moi. J’ai pensé à un moment lui parler d’éléments « scientifiques » qui permettraient d’affirmer que quelqu’un est malade, ou ne l’est pas, je me suis dit que la fatigue aussi devait avoir une sorte d’explication chimique. J’aurais voulu lui répondre quelque chose de vraiment bien, mais je ne parvenais pas à organiser mes idées, mes mots, je n’avais pas le temps. Et puis je ne parvenais pas à rompre cette glace très fine entre lui et moi, alors que je soupçonnais que nous le désirions autant l’un que l’autre. J’ai simplement dit « je crois que c’est à peu près la même chose, c’est juste la manière de le dire qui change ». Puis j’ai continué « enfin, ça dépend qui parle, c’est une question de point de vue en fait ». Et je me suis sentie tellement bête, maladroite, alors je n’ai plus rien ajouté. Il m’a regardée un instant avec sa gravité, son air concentré, sérieux, puis voyant que je ne disais rien de plus, il a baissé la tête, a semblé se replonger dans son livre.

Un tour

12 Juin 2013, 22:22pm

Publié par Les poésies de Juliette

Pendant quelques jours, elle n’avait pas été là, elle avait été comme absente, elle ne les regardait presque pas, ne leur parlait presque pas, elle allait et venait, elle se promenait dans sa tête, elle était absorbée dans autre chose, par autre chose, elle se consumait quelque part, loin d’ici.
Elle avait cherché quelque chose, en avait eu assez des mêmes gestes répétés, des mêmes mots, et des silences aussi. Elle se sentait trop mais sans savoir trop quoi, elle n’aurait su dire si ce qu’elle ressentait était un trop vide ou un trop plein, mais c’était la même chose, il fallait qu’elle soit ailleurs, qu’elle aille voir plus loin ce qui se disait, se faisait, se passait. Si l’herbe était plus verte, ou même plus bleue, plus jaune, ou noire et blanche, peu importait, juste oublier.
Que quelque chose change, parce que c’était toujours pareil. Les mêmes corps, les mêmes mouvements, les odeurs et les sons.
En fait non, ce n’était jamais les mêmes exactement, mais elle avait oublié de regarder, d’écouter, de goûter attentivement. Parce que ça arrive, parfois on oublie.
Elle est revenue un soir. Elle était à nouveau là. Présente. Souriant légèrement, comme apaisée.
Elle a dit « c’est fini » et il a su, ils ont su, à sa voix, à son regard, qu’ils pouvaient être soulagés, que ça allait être mieux maintenant, que tout allait reprendre - à peu près, car rien n’est figé quand il y a de la vie - sa place.

Là où elle était allée, faire un tour, elle avait vu des prairies, des fleurs des champs, des chants d’oiseaux, des eaux vives, du vert, du jaune, du bois, comme du verre qui scintille dans la lumière, des rêves, des souvenirs, de la brume, comme au cinéma. C’était sur le chemin du retour.
A un moment, elle s’était rappelée qu’elle était heureuse. Vraiment. De cette vie, ici, avec eux, comme ça, sa vie. Mais ce n’était plus que dans sa tête, ce rappel était dans tout son être.

Un tour