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Os-saturés

12 Avril 2017, 18:32pm

Publié par Juliette Melany

Tu m'as épinglée
Relève la tête, que tu disais
Que tu disais
Passe passe passera
la dernière la dernière
Restera
ira ira pas
Rira bien qui rira
Mais ce n'sera pas moi
Pas toi
pose ta main tes doigts
Là juste là
Tu m'as osée désossée
Os-saturée dé-coupée
ça faisait rouge jaune rouge bleu
Mais éteins cette lumière
Ne me jette pas la pierre
Les dés déjà en étaient jetés
Avais-tu déjeuné ?
Qu'avais-tu projeté ?
Où irions-nous sinon là-bas
Pas bien plus loin
qu'ici-bas
Tu connaissais le chemin
Et moi j'avançais
Les yeux fermés
Tu m'as dit
Regarde encore
Il est là ils sont là
Tu m'as soudée soudoyée
Tu disais
ils ne nous feront pas payer
jamais jamais jamais
Et tu m'as épinglée
Affichée décrochée
J'avais appris toutes tes couleurs
Par coeur par coeur par coeur
ça faisait boum boum boum
Et j'entends encore le silence
De nos errances de nos erreurs
Tu disais ne bouge pas ne bouge plus
là tu es bien
Ah oui tu crois ?
Mais qui l'eut cru ?
là j'suis pas loin
Ah non tu crois ?
Moi je n'sais plus
Attrape ma main
viens sous mon toit
Relève la tête, que tu disais
Et si pour de vrai
On pouvait sur le bouton appuyer
Et le temps s'arrêterait ?

Os-saturés
Os-saturés

Une voix [Lorraine]

4 Avril 2017, 20:27pm

Publié par Juliette Melany

Nous marchions d’un pas égal. De temps à autre un crissement venait couvrir les échos de nos souffles, de notre respiration, pleine et vibrante, saturés que nous étions de fièvre, tout à l’excitation suscitée par notre projet fou, notre aventure sans nom.
Les herbes sous la lune étaient fluorescentes, de ce vert qui n’est plus que lumière, la sorcellerie était autour de nous.

Nous avons coupé à la première croisée des chemins, passé le petit pont, accéléré puis ralenti l’allure. Nous ne parlions pas puis nous avons échangé quelques mots. Parfois, le râle ou l’appel d’une bête nous rappelait que nous n’étions pas tout à fait seuls au monde.
Aux abords du lac, les frémissements sont devenus multiples, innombrables. La barque allait et venait imperceptiblement, contre le bois un clapotis furtif laissait imaginer que nous aurions à composer avec quelques ombres, au tableau de nos desseins.

Je me souviens de sa voix qui retombe, résonnant dans l’air comme un cri d’oiseau, claquant mes tempes comme le vent des jours gelés, de mon ventre qui s’est soulevé, est resté suspendu au niveau de mon cœur de longs instants, de mes mains brûlantes soudain : "Mais elle est amoureuse de toi, tu le sais, je veux dire tu le vois bien non. C’est écrit sur sa gueule."

Une voix [Lorraine]

En chemin

22 Mars 2017, 17:55pm

Publié par Juliette Melany

Vous savez, ceux qui parlent seul, à voix haute, dans la rue ; qui crient parfois. Ceux qui chantent à tue-tête, l’autre dans le bus, là, avec son casque sur les oreilles, qui nous retransmet ce qu’il aime si fort avec toutes ses tripes (c’était Johnny, presque à chaque fois, souvent toute la musique que j’aime, justement).

Des fous, comme on les appelle.

En chemin vers la crèche, avec mon aînée, pour aller chercher sa petite sœur. D’un coup, ça m’a frappée. On attend que le symbole piéton passe au vert, et elle crie "mais, arrêtez !" et fait de grands gestes, à l’adresse de ses chiens imaginaires.

Souvent aussi, elle chante, en sautant d’un pied sur l’autre, en pleine rue.

Elle court, dans tous les sens.

On ne la dit pas folle, elle. C’est juste une enfant ; ça fait sourire la plupart des gens, tendrement même souvent, quand ils la regardent.

Alors qu’est-ce donc, cette folie-là.

Devenir adulte, et entrer dans une certaine normalité, ce serait apprendre à cadenasser en soi, à l’intérieur, dans le silence, un certain nombre d’émotions ; le je(u) ça passe pour les enfants, pour les adultes il doit rester à l’intérieur – ou se limiter, à la rigueur, à certains contextes adaptés.

Pourquoi nous font-ils rire, ces fous ? Pourquoi nous font-ils parfois un peu peur ? A quoi nous renvoient-ils, caché quelque part en chacun de nous ?

*

Sur le chemin du retour, elle court, loin devant nous. La petite main de ma deuxième accrochée à mon index, je marche à petits pas, calée sur son rythme.

Et ma grande court, approche de la route ; et moi je sais qu’elle va s’arrêter, je le sais, je la connais. Il y a une pointe d’inquiétude en moi malgré tout, je me dis, et si prise dans ses rêveries, elle ne prêtait pas attention à ce qui l’entoure, et continuait à courir jusqu’au milieu des voitures ? Ou si une voiture quittait sa trajectoire ?

Je l’appelle, lui rappelle de nous attendre, lui dis que ça me fait un peu peur.

Elle s’arrête devant le passage piéton. Se retourne et me dit "je sais, maman ! je vous attends à la route !".

Nous traversons et elle repart précipitamment, nous attend au prochain passage. Je la vois au loin, qui se dandine à côté du feu tricolore, et les voitures ralentir, les conducteurs hésiter, visiblement surpris de voir une enfant seule, qui semble prête à traverser ; elle n’a que quatre ans après tout, on lui en donnerait peut-être cinq mais tout de même.

Je l’appelle, pour qu’elle se tourne dans ma direction, que les gens comprennent que non, elle n’est pas toute seule dans la rue. Et elle me crie "je sais, maman ! je n’ai pas peur ! je vous attends !".

Nous traversons une nouvelle fois, et elle repart de plus belle en  criant "je vous attends pour traverser !" et là il y a un angle, je ne la vois plus ; au rythme où avance ma petite, je vais passer plus d’une minute sans la voir. Alors, si un conducteur perdait le contrôle de son véhicule, que je puisse la voir n’y changerait rien. Mais si quelqu’un de mal intentionné passait à sa hauteur, que je ne puisse ni la voir, ni être vue, change quelque chose. Je lui crie "non, attends-nous ! je veux te voir !", et elle, revient sur ses pas et répète "mais je n’ai pas peur !".

C’est si frappant. Est-ce que je ne trouve pas cela formidable, en vérité, qu’elle n’ait pas peur, est-ce que vraiment, j’ai envie de lui apprendre à avoir peur... Elle sait déjà combien elle est vulnérable en face d’une voiture, elle connaît ce risque, elle sait comment l’éviter. Alors je lui dis simplement "je sais, c’est moi qui ai un peu peur, tu sais".

Et je presse un peu le pas, oblige ma cadette à accélérer un peu, pendant la minute et demie, qui me paraît en durer dix, où mon aînée est hors de mon champ de vision.

Ensuite, elle continue de gambader gaiement, vingt mètres, trente mètres devant nous ; heureuse, car elle connaît le chemin, elle sait qu’en tant que piétonne elle doit avancer sur le trottoir, elle sait où s’arrêter, où m’attendre pour traverser, elle saurait vraisemblablement même traverser seule ; elle est dans son monde, dans ses pensées, dans ses histoires, et tout à la fois au monde, consciente quand il le faut de l’environnement extérieur, il me faut lui faire confiance ; oui elle est, heureuse, elle n’a "pas peur, maman".

En chemin
En chemin

Fix you [Alex - I]

8 Mars 2017, 23:41pm

Publié par Juliette Melany

Ce que tu n’avais pas imaginé, c’est combien cet amour-là pourrait te paralyser, te changer en statue, sel brûlant, écorce douloureuse, surface étale du buste au-dessus de remous bouillonnants, carapace de métal, souffle coupé court au passage dans l’atmosphère extérieure, regard fixe voilant les agitations démesurées de ton cerveau sous emprise, monstre de pierre, animal immobile, singe en hiver, cœur de feu dans corps de glace.

Que tout deviendrait si difficile ; fermer les yeux chaque soir, les ouvrir chaque matin, mettre un pied devant l’autre, répondre à une question.

Comment l’aurais-tu imaginé, tout était prétendument si simple et si léger, comment aurais-tu soupçonné l’étendue d’un geste, un geste de rien, quelques mots, un sourire ou deux, l’ébauche d’une caresse… mais nous serions-nous seulement touchés ?

Comment aurais-tu supposé que le flot d’énergie dans tes veines, la décharge de bien-être le long des parois givrées de ta petite tête de bestiole affamée, l’appétit démesuré sous chacun des soubresauts pulsatiles de ta peau, dans chaque influx nerveux dictant tes mouvements, soudain si amples, si heureux, si vivants… se changeraient en leur exact opposé ?

Certains se donnent à un dieu, d’autres se damnent pour une drogue, certains retaillent un peu en eux-mêmes pour une paire de beaux yeux, deux jambes agiles, la chaleur éphémère de deux bras… qui seraient aimants ; tous nous traquons l’amour, l’onde nécessaire à nos cœurs assoiffés ; mais que fait le corps, que ressent le cœur, que susurre le ventre, que dicte le cerveau, que rêve l'esprit ? Et lequel trompe lequel ?

Fix you [Alex - I]

Si mais si seulement

6 Février 2017, 22:02pm

Publié par Juliette Melany

Si je n'oubliais plus aucun geste aucun mot
Ni le plus doux le plus ténu ni le moins beau
De nos souffles les plus fous retenant l'écho
Je ne me noierais plus dans une goutte d'eau

Là glisse entre mes doigts
Le lien qui entre toi
Et moi s'inscrit tout bas
Et s'effacent nos pas

Ah ne pas écouter les violons du soir
Qui dans l'obscurité font vaciller l'espoir
Or troublé titubant mais brillant comme un phare
Encor laisser pourtant se sonder les regards
S'attendre les plaisirs s'entendre les départs
Fondre pour un soupir au moment de s'y croire

Là glisse entre mes doigts
Le lien qui entre toi
Et moi s'inscrit tout bas
Et s'effacent nos pas

Et freiner juste avant les virages qui brûlent
Reconnaître les vents jouant le crépuscule
Ouvrir les fenêtres et faire éclater les bulles
Dans les reflets entrer sous nos peaux molécules

Là glisse entre mes doigts
Le lien qui entre toi
Et moi s'inscrit tout bas
Et s'effacent nos pas

Si mais si seulement

Dé-corps

28 Janvier 2017, 21:46pm

Publié par Juliette Melany

Ce serait simplement des corps
Les mien sien tien qui nous retient
Ce serait changer de décor
Dans quel sens qu'est-ce qui nous tient

Ce serait conjuguer les torts
Revenir à dire mais rien
Tiens prends ces mains si tu les tords
Reviens-nous comme si de rien

Ce serait parler du printemps
Du poids de sa peau sur la tienne
Des points qu'après l'été partant
Ses plaies ont marqués sur les tiennes

Ce serait retourner avant
Que les chimères ne s'en viennent
La sphère dont viennent les vents
Faisant qu'alors il t'en souvienne

 

Dé-corps

(En)quête

13 Janvier 2017, 23:34pm

Publié par Juliette Melany

J’ai ouvert cette boîte à chaussures, depuis le temps que je n’arrivais pas à le faire, puisque là maintenant, j’avais une raison de le faire, c’était tout de suite, c’était maintenant, c’était maintenant qu’il venait de mourir.
Il fallait que je cherche.
De toute façon j’avais perdu le sommeil à nouveau, impossible de faire s’arrêter les turbines sous la peau de mon front, de plus en plus crispée, à chaque fois, au fur et à mesure que s’égrènent les heures, et les tourments. Oh et puis quand je le retrouve, ce n’est pas mieux, je ne ferais plus que ça alors, dormir tout le temps. Tant qu’à faire, je préfère tenter d’étirer le temps.
Et je me suis resservi un verre.
Il fallait que je cherche, c’était impérieux, une trace de quelque chose, que je mène une enquête, pour comprendre, être sûre que vraiment il n’y avait rien à regretter ; savoir comment, pourquoi, comment il était possible que je n’aie à ce point pas de deuil à faire.
Il y a un peu moins de quatre ans, quand c’était son grand-père à lui, ça m’avait plus fait quelque chose. Ou plutôt ça m’avait plus attristée. Normal, quoi. Là ça me faisait quelque chose, mais pas de la tristesse. Comme une importante perturbation, s’il fallait vraiment trouver une formulation.
Dans le fond je sais bien pourquoi. Il n’y avait pas de lien, pas de relation, qu’aurais-je bien pu pleurer ?
Mais tout de même, c’était le père de mon père.
Et j’ai grandi dans un environnement qui a imprimé en moi que c’est important, ce lien-là de parenté, que je ne devrais pas pouvoir y être indifférente aujourd’hui.
J’ai cherché, et je n’ai pas trouvé. Rien de plus que ce que je savais déjà ; trois fois rien, les cartes d’anniversaire, chaque année, toujours la même rengaine. Et puis ces deux ou trois lettres, qui demandaient tout de même, tentaient de faire surgir l’étincelle de l’échange.
Bien sûr, elles sont émouvantes, maladroites, et donc encore plus émouvantes. Les lettres, les mots écrits, ça fait toujours ça, ça remue à l’intérieur, à cause du message, universel ; l’amour, la joie, le chagrin...
On se dit « j’aurais reçu une lettre comme ça, moi ça m’aurait fait quelque chose, j’aurais répondu, ça aurait changé la donne » ; et en vrai ça m’avait fait quelque chose, j’avais répondu, tenté de poursuivre le dialogue, j’y étais allée même.
Mais quand les sentiments n’y sont pas, qu’ils n’existent pas, que la relation n’existe pas, on ne l’invente pas. Les mots écrits, ce ne sont que des mots.
Je l’ai expérimenté à maintes reprises, dans les deux sens. Les lettres d’amour ou de détresse, ça fait monter les larmes ou se tordre le ventre de ceux qui les lisent, mais ça ne fait pas naître un vrai amour ni une vraie détresse, dans le cœur de celui qui ne les ressent pas.
C’est tout, c’est comme ça. Je n’y étais pour rien.
Évidemment, je suis tombée sur autre chose, dans cette boîte à chaussures. Sur ce que je tenais à distance depuis tout ce temps. Sur des témoins de vrais sentiments pour le coup. Paf paf ça faisait caisse de résonance, il y a tant de lettres que je n’ai même pas rouvertes, la mention de l’expéditeur au dos de l’enveloppe, ou juste l’écriture qui avait tracé mon nom, et l’adresse, celle-ci, ou celle-là ! c’était suffisant déjà, pour faire remonter les souvenirs par bourrasques.
Je me suis rendu compte aussi, que l’on s’écrivait, à quel point l’on s’écrivait, oh comme on s’écrivait oui, des lettres, des cartes, tout ce papier, il n’y a pas si longtemps que ça, mais j’avais oublié. La famille, des amis, des amours, des rencontres, en vacances, en voyage, on ne s’était parfois échangé qu’une lettre, et parfois on avait correspondu des mois, des années durant, des personnes si proches, et d’autres connues si peu de temps étrangement, c’était fou, tous ces courriers, aujourd’hui se donne-t-on encore son adresse quand on se rencontre ou quand on se quitte, pour un temps, quelques temps, plus longtemps ?

(En)quête

Presque 3 semaines plus tard - finalement laissé inachevé, ce texte - mes mots pour ton premier anniversaire

2 Novembre 2015, 23:01pm

Publié par Les poésies de Juliette

les feuilles sont devenues un peu plus jaunes chaque jour
l’air a pris ce goût de froid électrique le matin
et quand furtivement la lumière a viré au bleu-gris un peu plus tôt le soir
dans mon ventre un écho a résonné par intermittences
comme un grondement sourd et à peine perceptible
le chavirement de mon cœur en reconnaissant la saison qui t’appela
oh mon éclat de chaleur dans le froid nouveau
mon fragment de lumière à la pointe du jour plus tardive
ma petite bulle de douceur au milieu des cris de la ville des cris de la vie
ma petite peau rouge aux yeux bridés entre mes mains étonnées
ta petite frimousse toute douce entre les feuilles d’or et de sang
sous un ciel hésitant et moqueur l’évidence de ta présence contre mon sein
portant entre nous pour toujours les heures suspendues
la surprise la puissance un torrent la nuit le jour la nuit du silence des heures de silence des soupirs longs rauques et fous des vocalises de grave en aigu quand ta voix a pris le relais de la mienne ta peau caramel chaude si chaude et douce si douce ta peau ton sommeil ta respiration ample et sereine ta légèreté mon bébé minuscule mon bébé boule de tendresse mon bébé bulle de secrets oh tout ce que de toi j’ignorais
mon bébé bé-bé-bé-bé ton initiale te va si bien tes joues abricot pêche rose lait miel une pointe de sel ta bouche une fleur une feuille du bonheur

et vos mains vos mains vos deux mains demain hier aujourd’hui tous les jours mes amours
et ce sentiment aussitôt d’être devenus enfin soudainement pleinement et merveilleusement une famille un peu plus grande tout juste cette évidence

Presque 3 semaines plus tard - finalement laissé inachevé, ce texte - mes mots pour ton premier anniversaire

Leurs mains qui se tiennent

22 Juin 2015, 23:07pm

Publié par Les poésies de Juliette

Leurs mains qui se tiennent
Dans la joie les maintiennent

C’est la première chose que tu as faite quand tu as rencontré ta petite sœur : tu as attrapé sa main.
Tu l’as attrapée et tu ne l’as plus lâchée.
Parfois tu la serres un peu trop fort, ou encore tu la secoues, tires un peu dessus.
Tu y colles ta bouche, ton nez, ton front.
Tu l’observes toujours sous tous les angles, de tous les côtés, et tu t’émerveilles de la voir grandir peu à peu ; et de la voir gagner en habileté peu à peu, tu n’arrives pas bien à démêler les sentiments que cela suscite en toi : il arrive que ses nouveaux pouvoirs t’inquiètent ou te chiffonnent, mais les promesses d’innombrables partages et d’infinis possibles qui se dessinent en filigrane te réjouissent et l’emportent.
Un jour tu lui as dit en prenant ses mains dans les tiennes « donne, donne-moi tes petites manounettes ».
Je crois bien que c’est un de tes premiers mots inventés. Une sorte de néologisme, un clin d’œil à ma propension à ajouter -ette à la fin de tous les mots (j’ai toujours eu tendance à faire des augmentatifs en guise de diminutifs).

Toi, tout d’abord, tu t’es contentée de dormir, paisible. Les doigts pris entre ceux de ta grande sœur.
Puis tu t’es mise à la regarder, intensément, chaque fois qu’elle venait auprès de toi, et que sa main attrapait la tienne.
Un peu après, tu as commencé à t’agiter, à danser, à trépigner dans ces moments-là, à sourire et à rire...
Parfois tu ne la laisses plus dénouer son étreinte, tu l’agrippes à ton tour.
Ou bien tu te débats un peu, quand tu n’es pas d’accord, que tu as bien envie de faire autre chose de tes mains que de les laisser aller à sa guise.
A présent quand sa main passe à portée de la tienne, te voilà qui tends le bras autant que tu le peux, pour l’attraper !
Et les mains de ta sœur jouent ainsi une grande part dans tes découvertes sensorielles.
Expériences tactiles en premier lieu, mais également olfactives, gustatives, auditives, visuelles...
Tu n’en finis pas d’ailleurs, de regarder ses mains, de les regarder saisir, tourner, manipuler... Et déjà les tiennes les imitent.
Un jour je vous regarderai sûrement marcher toutes les deux, main dans la main.

Et mon cœur suit les oscillations des ondes de deux mains
Et vos mains qui s’accrochent dansent sans fin sous mes paupières

Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennentLeurs mains qui se tiennent
Leurs mains qui se tiennent

Somme attique

10 Juin 2015, 15:30pm

Publié par Les poésies de Juliette

La fenêtre est un écran de soleil
Derrière lequel s’agitent quelques ombres légères
Branches qui se balancent au vent doucement
Les draps sur la moitié du lit sont couverts de lumière
Et juste à côté forment un écrin où tendrement
Mon enfant est endormie
Et mes yeux enchantés absorbent son image
Toute en harmonie blonde et ronde
Et mon sang s’écoule plus calmement
Au rythme de sa respiration pleine et profonde
Et s’émerveille ma main que toujours retient
La sienne petite douce et tiède
Et je contemple tour à tour ainsi
Ses joues par l’étreinte rosies
Son front doré et serein
Entre mes lèvres et sous mon nez s’attardent encore
La moiteur un peu piquante vaguement salée
Cueillie dans ses cheveux
Et cet extraordinaire effluve de lait sucré
Apporté par son souffle
Quand mes narines ont effleuré la fraîcheur de sa joue
La peau caramel que je viens d’embrasser
Elle a cette moue inimitable
Cet air repu qui suit la tétée
Sa bouche charnue très légèrement pincée
Comme si elle retenait encore un peu de ce moment
Le goût la sensation de nos deux corps
Réunis pour la nourrir l’apaiser l’aimer
Et je devine sous ses paupières fermées à un fil près
L’éclat de ses yeux petits océans ondoyant sous d’autres cieux
Peignant des songes que je lui souhaite doux et tendres
Je pourrais m’endormir je vacille à la lisière du sommeil
Mon esprit bourdonne un peu
Mais cependant encore je veille
Sur elle et sur cet instant plus fort qu’aucun rêve
Mon bébé lumière, or blanc, mon bébé douceur, mon amour

Somme attique

Si moi je ris de joie

14 Avril 2015, 23:44pm

Publié par Les poésies de Juliette

Un jour, mon enfant a six mois.
La vague d’amour est devenue bourrasque de soleil, qui m’envahit, emplit mon corps de plénitude, tout est brûlant, brillant.
Tout a un peu plus de sens.
Les cœurs à l’unisson, dans la maison, s’échangent d’infinis romans dans le silence.
Il y a des perles, des pierres, de l’eau, des éclats et des reflets multicolores autour de chaque geste.
Ah, les gestes, mes bras, les siens, une évidence.
Les rires résonnent profondément, longtemps, partout autour de nous.
Tout tinte et chante.
C’était l’hiver, c’est le printemps, ce pourrait être l’automne.
En vrai il fait si chaud que l’on croirait l’été. La liberté.
Tout est un peu sucré, un peu salé, un peu tendre, affamés que nous sommes.
Plus que jamais, nous savourons la fusion. Elle est devenue consciente, n’est pas encore émoussée.

Je revois le front de ma première née, je n’en reviens pas de celui de ma deuxième.
Et toutes ces étoiles. Accrochées à leurs yeux, à leurs doigts, nos mains.

Si moi je ris de joieSi moi je ris de joie
Si moi je ris de joieSi moi je ris de joie

Dans leurs yeux

3 Avril 2015, 23:50pm

Publié par Les poésies de Juliette

Dans ses yeux il y a la forêt la terre des feuilles la terre
Dans la forme un angle un accent quelque chose de ceux de son père
Un chemin au milieu des herbes folles un peu d’or un peu de vert
Et sous un ciel passionné mouvementé les reflets de la mer

Dans ceux de sa sœur sous le soleil soudain les reflets de la mer
Un ruisseau qui file entre les pierres un peu de bleu un peu de verre
Dans le fond une étincelle un éclat quelque chose d'un mystère
Et encore le ciel de l’eau un oiseau de l’eau de la lumière

Dans leurs yeuxDans leurs yeux

Trois petits tours et puis reviendront

21 Janvier 2015, 00:46am

Publié par Les poésies de Juliette

Il y a un an je ne pensais qu'à toi
Et toi ici c'est elle, et elle, et elle encore, et elle aussi
Elle dont je ne savais encore presque rien
Elle qui n'a connu que le plus doux, et que la vie a soufflée
Elle qui n'était pas encore née, non loin de là
Elle qui chaque jour m'apprend et m'entraîne

Il y a un an c'était il y a une éternité
Regarder en arrière et pourtant aujourd'hui encore

Je ne pense qu'à vous
Et je voudrais vous dire encore tout cela
Ou plutôt rien d'autre que cela
Au rythme de vos regards, de vos gestes, de vos sourires, de vos voix
C'est le ventre de la terre qui bat au creux de mes mains tout bas

Se délier, se retrouver
Et...
Mais !

Trois petits tours et puis reviendront

Mes théâtres

9 Avril 2014, 16:55pm

Publié par Les poésies de Juliette

C'était juste un hasard, un merveilleux hasard.
Le linge qui séchait, et mes éternels jeux d'entre-reflets.

J'avais tout préparé pourtant, mais voilà ce "tout"-là a attendu, plus de deux mois, c'est étonnant comme parfois c'est justement, ou plutôt comme toujours, oui c'est toujours autrement que ce que l'on avait pu prévoir, préparer, imaginer. La vie.
Elle nous échappe toujours, nous glisse entre les doigts.

Il y a de ces coïncidences, pourtant, parfois !

Evidemment, le temps s'est suspendu, tout en devenant paradoxalement plus lourd, et moi j'ai laissé le silence filer toutes mes métaphores, tout bas. Et le cœur aux cimes, tout à la fois.

Comment pourrait-on en perdre, du temps ; en gagne-t-on, parfois ?

J'avais gratté tout le vernis, partout. Et il restait ça, quelque chose de simple, un instant fragile, une intervention non programmée.

Plus tard, elle avait été témoin, par une porte entrebâillée, de cette mise en abyme, sans scène. Et elle avait simplement dit, qu'il y avait là quelque chose de la "tragédie".
Ce mot ; tout ne serait donc qu'une vaste pièce de théâtre ?
Mais alors, si vaste...

J'étais heureuse, très heureuse, je crois, je commençais d'un coup à l'être, à sortir d'une vague torpeur, retour à la réalité ou retour au rêve je ne saurais dire mais j'étais donc là, pleine d'une attente sans nom, bouillante, pleine d'un projet immense, enfin ; en gestation, sur le point d'éclore, j'allais enfin lui donner libre cours, cette place, une place, la mienne, ma nouvelle place pour un temps.
Et les mots voleraient... et ce serait juste le goût de la liberté.
Pour irréelle qu'elle soit, elle en a un, de goût, et un sacré goût, qui laisse à jamais sur les lèvres son empreinte, et dans la mémoire son écho enfiévré.

Oui, d'ici peu, une porte allait s'ouvrir.

Et c'est fou, comme tous ces mots-là, veulent à la fois tout et rien dire ; quelqu'un comprendrait-il quelque chose ?
Et comme pourtant, en tant de temps, ils ont la possibilité de résonner et de dire tout juste le présent. Exactement le présent, plusieurs présents, mais toujours les mêmes mots, pour dire une chose et une autre, et encore une autre... selon le sens que nous leur donnerions.

Au milieu du flou, de l'inanimé, de l'imaginaire, ton apparition ; brusque, vivante, claire.

Mes théâtres
Mes théâtres
Mes théâtres
Mes théâtres
Mes théâtres

Et un jour, dix jours

9 Mars 2014, 16:16pm

Publié par Les poésies de Juliette

Et un jour soudain un jour
On est un beau jour
Et elle, elle a dix jours
Et aussi extraordinaire que cela soit
On est là, avec elle, simplement on est là
Au-dehors, et on marche, on va, et puis on s’assoit
Et la Terre ne s’est pas arrêtée de tourner
Et presque rien n’a changé
De notre miracle personne autour rien ne sait
Et on le dit, qu’elle a dix jours, et les gens sourient
Et ils sourient, ils rient même, et on sourit aussi
C’est juste la vie, évidemment, la vie

Et on est ce jour-là, on est le matin, le midi, le soir
Il fait jour, il fait nuit, ah ! le jour, la nuit, il est tôt, il est tard
Et même si au milieu des heures c’est le bazar
Encore on mange, on dort, on sort
Et on cligne, comme on cligne des yeux au-dehors
Car partout l’on croit voir de l’or
C’est l’été, mais ce pourrait aussi bien être une autre saison
Et aussi fondue que soit notre raison
Tout autour chantent et odorent les horizons

Et pourtant encore on respire, on parle, on pleure, on rit
On répète les mêmes mots, ébahis
Et puis on se tait, et soudain on frémit, sourit
On n’a qu’une fois vingt ans
On ne vit qu’une fois chaque instant
Chaque seconde est unique, évidemment
Mais pourtant, quand on est ce jour, ce beau jour
Où cela est fou elle n’a que dix jours
C’est un vertige, c’est un frisson, c’est, de l’amour

Et un jour, dix jours

Un songe (se devrait-on inquiéter d'un songe ?)

15 Février 2014, 21:03pm

Publié par Les poésies de Juliette

Le vent sifflait au carreau, roulait contre lui
Et l’on aurait dit quelqu’un, soufflant, gémissant
Il y avait encor des brumes de la nuit
Accrochées à mes tempes où frémissait le sang

J’entendais cette voix comme un écho lointain
Elle répétait sans cesse les mêmes mots
Et tous mes laborieux efforts demeuraient vains
Pour en saisir le sens, en démêler l’écho

Alors j’abandonnai, renonçai à savoir
Pourquoi l’on s’était ainsi adressé à moi
En vérité j’y devinais comme un espoir

Il suffirait de se souvenir de la joie
D’accepter la tempête et dans mon songe entendre
Une invitation au réel de nos cœurs tendres

Un songe (se devrait-on inquiéter d'un songe ?)

Deux livres est-ce vrai

28 Janvier 2014, 15:48pm

Publié par Les poésies de Juliette

Ça faisait trois petits points, deux-trois, deux ou trois, deux trois quatre, et puis se multiplient, et puis s'en vont, et planent, encore, et encore, et encore.
Des petits points au milieu de mes rêves, comme des points d'ancrage, hors de ma cage, comme de l'encrage mais à l'encre d'or, ou alors, comme les mots noirs, noir sur blanc, petits papiers, que je me colle parfois, au milieu du visage, pas sage.
Comme quand je bois, quand tu bois, dans ce pays-là, ce pays à l'odeur incroyable de bois.
C'était juste ça. Là-bas. Où la lune en plein jour témoignait parfois de notre gueule de bois.
Là-bas plus que jamais je savais distinguer derrière les chapeaux des éléphants mangés par des boas.
Et je m'accrochais aux fenêtres, celles qui nous apaisent, tu sais, oui, non, peut-être pas mais je le sais pour toi alors si je te le dis tu me crois. Mais puisque je te le dis, crois-moi.
Et par ces espaces entrebâillés, il y avait des lettres, et des croix.
Croix de bois, croix de fer ici-bas, tout bas. Mais elles n'étaient pas dans ce sens-là.
C'étaient plutôt des x, encore des lettres - et toi tu me parlais de l'être - mais elles étaient peut-être bien en fer, ne pas s'en faire, l'enfer, n'existe pas.
Sur fond de blanc, et de lumière, et qui mieux que la neige réunit ces deux éléments-là ?
Elle m'en disait des choses, et d'autres choses, elle me faisait des clins d’œil en petites taches jaunes, lumières, chimères, des réverbères.
Et le ciel bleu soudain. Toujours.

Ma prison était toute mentale, c'est dire si jamais je n'ai été aussi libre.
Il restait ces grilles au-dehors, mais aujourd'hui je fais mieux encore, je les tords, et c'est un assez doux je dois dire corps à corps.

Et qu'en ferais-je, de plus, de mieux, de plus grand, de plus fort... si ce n'est nos rêves, nos essais, cette sève, les laisser, qu'ils se multiplient... ?
Et cela même, aussi, les jours de pluie ?
Puisque je t'aime, aussi...

Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai
Deux livres est-ce vrai

Tu vois, ce convoi

14 Janvier 2014, 14:01pm

Publié par Les poésies de Juliette

Québec, début janvier, quelques années plus tôt.
Le décalage horaire nous trouve é(mer)veillés, dans un sursaut, un peu hirsutes mais tout à fait alertes, avant les premières lueurs.
J'en profite pour les attendre, inlassablement, clignant de l’œil entre tous les reflets de, et autres jeux de miroir, écrans, vitres, carreaux. Ô chères fenêtres.
J'avais fait de ces quelques clichés l'inverse d'un temps fragile, une nourriture toute spirituelle, un objet de méditation. Et de médiation, entre le monde et moi-même. Quelques virtuels échanges, au goût enneigé, un lieu de rêves sans fin. Immobiles.
Mesurer, palper, à cet état brumeux mais euphorique de notre cerveau, à cette surdité de nos mains pourtant avides, à ce vent glacé dans nos narines qui perçoivent encore néanmoins toutes ces odeurs, ces saveurs inédites, que l'on est loin, pour de bon loin, que les kilomètres sont bien derrière nous, sans que nos corps n'en éprouvent toutefois la lassitude d'un vrai voyage.
Six heures pour plus de cinq mille kilomètres, voilà l'hérésie que les moyens de transport modernes imposent à nos esprits et à nos corps.
Éblouie, affamée, quelques chants de Noël en résonance, j'attendais suspendue que le temps veuille bien me lâcher. Et je n'avais pas peur, pas vraiment peur, de tomber.
Et cependant, j'avais ses yeux aimants en point de mire, et quelques outils vaguement malléables pour m'exprimer.

Tu vois, ce convoi
Tu vois, ce convoi
Tu vois, ce convoi
Tu vois, ce convoi

Musement park

20 Décembre 2013, 21:55pm

Publié par Les poésies de Juliette

Il y avait dans son poing fermé un marron
Il y avait son enfance, un peu essoufflée mais qui s’accrochait
Encore, têtue, à la lisière de ses onze ans fraîchement sonnés
Il y avait celle de ma fille, à peine éclose, les yeux ronds, fascinée
Et la mienne, loin là-bas mais dont l’écho résonnait bien fort jusqu’à nous, en fait
Il y avait son regard à elle qui pétillait et interrogeait
Le sien à lui qui pétillait tout autant, effronté, fanfaron
Et dans le mien leur doux reflet, un peu de buée
Il faisait le plus de cabrioles qu’il pouvait, tuait
L’ennui à grands coups de paroles, de coups de pieds
Elle alignait de petits pas d’un côté de l’autre, riait
Elle absorbait toute la vie autour de tous ses yeux, bouche mi-close, captivée
Et dans ma main la sienne s’agrippait, me lâchait, me rattrapait
Il y eut quelques silences, parce que nous n’étions pas
Tout à fait du même monde, et pas soumis aux mêmes lois
Il y eut des mots quand même, des mots surtout, des mots oubliés
Ils disaient la joie, les jeux, la fierté, l’étrangeté, un moment partagé
Il y eut quelques cris, amusés surtout, des rires aussi
Il y eut leurs mains, le temps d’un jeu, d’un pari, unies.

La semaine d’après nous étions revenues mais il n’était pas là
Et deux presque gamines sur le banc attendaient, l’air las.

Musement park

Deux ans plus tard

23 Novembre 2013, 12:47pm

Publié par Les poésies de Juliette

Deux ans plus tard
Des nerfs d’humaine
Un peu plus tard
L’énergumène

Est-ce un hasard
Du sang d’humain
Ce fait bizarre
Entre mes mains

Mais hier soir
Et ce matin
Sont pleins d’espoir
Tout doux demain